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01/09/2016

Chapitre 1

« Quand la neige tiendra au sol ». Les mots d'Alice résonnaient dans l'esprit de chacun alors que la tension ne cessait de monter au fur et à mesure qu'ils s'avançaient sur cette étendue d'ivoire. Qui aurait pu croire que ce blanc, pourtant synonyme de pureté et de perfection, serait un jour le présage d'un si funeste destin. Car bien qu'une étincelle d'espoir régnait encore en chacun, tous se doutaient que la venue des Volturi s'accompagnaient nécessairement d'une fin tragique pour l'un des deux camps. Or aussi loin dans la mémoire de chaque vampire présent dans cette clairière, jamais au cours de leur existence, les Volturi n'avaient fait face à une seule défaite. Jamais. Ils avaient réduit à néant l'espèce entière des loups garous, exterminé le clan prospère et dominateur des roumains, assujetti les illustres et vénérés égyptiens et abrégé l'éternité d'innombrables vampires sans jamais que quiconque n'ose leur tenir tête. Et voilà que désormais les Cullen et leurs témoins étaient la cible de leur courroux. Un simple quiproquo et des dizaines de vies étaient condamnées, pourtant chacun semblait décidé à leur faire face, sans doute grâce à tout le courage et la bravoure qu'ils avaient su accumulés au cours de leurs existences plus ou moins longues. L'espoir avait tué bien plus de gens que tous les Volturi réunis.

Néanmoins ça n'était pas à l'espoir que s'accrochait Adddolorata, pas plus que ça n'était son affection pour les Cullen qui l'avait incitée à rester à leurs côtés à cet instant, bien au contraire. Après avoir vécu au sein de leur famille durant quelques siècles elle avait fini par s'attacher à eux mais n'avait jamais cherché le besoin de s'intégrer. Seul son frère comptait et seul elle comptait pour Lucca. Certes elle serait affligée si les Cullen venaient à mourir mais elle s'en remettrait, elle n'éprouvait pas plus de sentiments que son visage de marbre n'en affichait. Carlisle s'était toujours comporté comme un père avec chacun d'entre eux, c'était lui qui lui avait enseigner à lire, à écrire, à compter et surtout à parler après des décennies, des siècles ou peut-être même des millénaires de mutisme. Pourtant elle ne l'avait jamais considéré autrement que comme un professeur, voire un tuteur. Il en allait de même envers chaque membre de sa famille adoptive, Esmée se montrait aussi tendre et attentionnée que l'aurait été une mère et chacun de ses frères et s½urs la traitait avec tout le respect dont ils étaient capables bien qu'elle n'ait jamais manifesté la moindre attention à leur égard. Non, ce qui lui donnait la force de s'avancer dans cette clairière, c'était l'irrésistible besoin de connaitre la vérité qui planait autour de son frère et d'elle depuis leur naissance. Cette curiosité qui la rongeait depuis toujours, ce mystère qui planait autour d'elle et cette énigme perpétuelle que nul ne parvenait à résoudre la consumait peu à peu sans qu'elle n'en affiche le moindre signe et pourtant aujourd'hui elle était là, prête à faire face aux sombres secrets que dissimulaient ces pendentifs qui ne les avaient jamais quittés, Lucca et elle, ces pendentifs que ses ennemis arboraient fièrement comme leur emblème.

-Les tuniques rouges arrivent. Les tuniques rouges arrivent.

La voix de Garrett la tira de ses rêveries et elle scruta l'obscurité de la forêt au moment où son ouïe surdéveloppée perçue le craquement de branches brisées et le crissement de la neige. Ils arrivaient. Tels des spectres, des dizaines et des dizaines de vampires émergèrent soudain des bois. Addolorata ne savait plus où donner de la tête tellement les vampires étaient nombreux, renforçant ainsi le contraste entre la neige d'albâtre et leurs capes d'ébène. Les membres du clan impérial s'était disposé de manière à former une ligne de front infranchissable encore plus imposante que nécessaire. Aux extrémités de cette muraille étaient attroupés quelques vampires désorganisés et hétéroclites, sans doute les fameux témoins d'Aro. Mais au fur et à mesure que le regard d'Addolorata se rapprochait du centre, les capes des vampires se teintaient de plus en plus et une certaine arrogance émanait de leur air hautain. Ses yeux se posèrent alors sur les colliers qui reposaient fièrement sur leur poitrine et à ses côtés elle aperçut Lucca poser instinctivement la main sur son propre collier recouvert par ses vêtements afin de dissimuler à tout vampire présent le seul lien avec leur mystérieux passé. Cette idée leur était venue de Carlisle lorsqu'il avait jugé peu prudent d'exposer à tous, Volturi et alliés, cet emblème aussi connu dans leur monde de surnaturels.

Finalement, ce fut Carlisle qui s'avança le premier et s'adressa directement à Aro d'une voix à peine plus forte que si ce dernier se trouvait à seulement une douzaine de mètres.

 -Aro, et si nous discutions comme au bon vieux temps, d'une manière civilisée.

-Belles paroles Carlisle mais un peu déplacées quand on voit le bataillon que tu as rassemblé contre nous.



-Je t'assure que telle n'a jamais été mon intention. Aucune loi n'a été transgressée.

-Nous voyons l'enfant, ne nous prends pas pour des simples d'esprits ! intervint le vampire blond qui s'affirmait lui aussi comme l'un des Maîtres.

-Elle n'est pas une immortelle ! Ces témoins peuvent en attester, voyez le sang qui circule dans ses joues.

-Artifice !

-Je tiens à recueillir chaque parcelle de vérité mais d'une personne plus concernée par cette histoire, l'interrompt le fameux Aro. Edward, comme l'enfant s'agrippe à ta compagne nouvellement née, j'en déduis que tu es impliquée.

Comprenant l'ordre implicite que cachaient ses paroles, Edward s'avança à contre c½ur vers le camp adverse, prêt à laisser Aro infiltrer ses pensées les plus profondes et les plus intimes. Addolorata se désintéressa alors totalement de l'enjeu qui se jouait de l'autre côté de la clairière pour laisser vagabonder son regard sur chacun des Volturi ici présent afin de mettre en relation les maigres informations qu'elle possédait à leur sujet.

Le tableau dans le bureau de Carlisle représentait les Maîtres et lui au XVIIIe siècle peu de temps avant qu'il ne les découvre, Lucca et elle. Elle n'avait alors prêté qu'une oreille distraite à ses paroles mais elle était quasiment certaine que le vampire apathique et en retrait se nommait Marcus tandis que le blond arrogant qui ne cessait de couper la parole à Carlisle et à Aro portait un nom proche de Caio, Caios, Caius ou quelque chose dans ce goût-là. Il lui avait aussi appris que la teinte de la cape de chaque Volturi définissait son rang au sein de la garde. Ainsi, il lui fut aisé de reconnaître le géant qui se tenait près des Maîtres comme étant Felix, la petite brune derrière Aro comme étant Renata ou encore les fameux jumeaux Jane et Alec que tout le monde semblait craindre, plus encore que Lucca et elle, ce qui la révoltait intérieurement. Comment des vampires aussi basiques pouvaient inspirer plus de peur que son frère et elle qui semblaient avoir vu leurs capacités physiques accrues au fil du temps ?

Une fois de plus, Addolorata fut tirée de ses pensées par le cri perçant que lança Tanya dans son dos. Elle se retourna au moment où celle-ci s'élançait vers les Volturi devant lesquels gisait le corps démembré et décapité d'Irina, sa soi-disant cousine que la vie semblait avoir quitté pour de bon, quelques siècles après sa mort. Eleazar et Emmett se précipitèrent alors vers elle pour la stopper tandis que Garrett se jeta à corps perdu vers Kate, prêt à encaisser les millions de volts que la vampiresse était prête à générer. Distraite par les évènements auxquels elle n'avait pas prêté attention, Addolorata réalisa tout à coup que les Denali étaient à deux doigts de faire basculer l'équilibre précaire qui semblait s'être instauré et ne se souciaient désormais plus de déclencher un quelconque affrontement. La jeune vampiresse s'élança alors vers Kate et sans réfléchir à deux fois à son acte, elle lui agrippa le cou, une fumée blanche émanant de ses doigts. Son organisme tout entier fut alors traversé par d'innombrables courants électriques tous plus puissants les uns que les autres. La douleur en était étourdissante à tel point qu'elle se demandait comment Garrett parvenait à tenir encore sur ses deux jambes sans vaciller. Toutefois, bien que la douleur fût intense et sembla s'étendre une éternité aux yeux de la jeune fille, elle ne dura en réalité que guère plus d'une seconde, une seconde au cours de laquelle son propre don s'activa pour priver Kate de son énergie et se la transférer à elle-même, lui permettant alors de recouvrer ses esprits. Décidée à faire goûter à la slovaque aux cheveux raides sa propre torture, il ne lui fallut que quelques secondes supplémentaires pour déclencher à son tour de puissants jets d'électricité paralysant sa cible instantanément. Il lui était désormais impossible de distinguer allié et ennemi, tout se confondait en elle. Comme à son habitude, Addolorata s'était laissée submergée par ses émotions à tel point qu'elle en devenait incapable de raisonner. Elle n'était plus qu'un animal, un prédateur au sommet de la chaîne alimentaire qui ne laissait jamais aucune chance à sa proie. Elle aurait d'ailleurs très bien pu tuer Kate à ce moment-là si, une fois n'est pas coutume, Lucca n'était pas intervenu à ses côtés, une main posée sur son épaule. Comment un simple geste de sa part pouvait-il la ramener à la raison alors que le discours le plus pacifique de la part de tout autre vampire n'aurait servi qu'à aiguiser sa colère ? Quoi qu'il en soit, Addolorata s'écarta lentement de Kate qui reprenait peu à peu ses esprits et ses forces tandis que parallèlement, Zafrina semblait avoir aveuglé Tanya permettant ainsi à Edward de la raisonner.

C'est cet instant précis que choisit la sorcière, comme la surnommait les détestables roumains, pour projeter son don sur Edward qui s'affaissa instantanément sur le sol, alors consumé par une douleur invisible et imaginaire. Fort heureusement pour lui, Isabella, cette nouvelle-née insipide et sans intérêt qui lui servait de femme était parvenue à développer son don et s'avérait désormais capable de le projeter sur autrui et donc de protéger leur petit groupe dans son intégralité bien qu'Ada douta fortement qu'elle bénéficiait aussi de sa protection, non pas que cela lui importa réellement. Après tout, elle n'avait jamais eu besoin de personne.

Ce fut ensuite le frère de la sorcière qui tenta de s'en prendre au groupe mais il fut quant à lui stopper par Aro, désormais plus que conquis par tant de dons pouvant s'avérer utiles à son clan, des bijoux supplémentaires susceptibles d'accroître sa collection de renom. Et comment mieux s'accaparer ses dons, et donc ses vampires, qu'en détruisant tout ce qui les éloigne de lui, c'est-à-dire en tuant tous ceux à qui ils tiennent et en annihilant ce qui fait d'eux ce qu'ils sont ? Cette technique lui était propre comme l'avait expliqué Eleazar et il s'apprêtait à la mettre à exécution et à tuer tous ceux qui ne l'intéressaient pas en cherchant un nouveau prétexte à les attaquer maintenant que l'innocence des Cullen avait été prouvée. Mais ses airs enjoués et charismatiques ne trompaient guère Ada qui ne voyait désormais en lui que le vampire mégalomane et machiavélique prêt à tout pour la tuer ou la conquérir, la deuxième possibilité étant la plus probable après son altercation avec Kate.

Mais alors qu'il cherchait à convaincre ses propres témoins de ses motivations, ce fut cette fois Alice et Jasper qui émergèrent des ténèbres des bois environnants. Sans même un regard vers les Cullen, ceux-ci se dirigèrent naturellement vers leurs ennemis avant d'être stoppés par la garde. Comment osaient-ils débarquer ainsi à l'improviste alors qu'ils avaient déserté quelques semaines auparavant en ne laissant derrière eux, rien de plus qu'une page déchirée leur indiquant le moment fatidique ? Alors qu'ils avaient toujours été considérés par Addolorata comme certains des Cullen les plus dignes d'intérêt, voilà qu'ils la répugnaient désormais qu'Alice tendait sa main à Aro, prête elle-aussi à le laisser s'infiltrer dans ses pensées.

-J'ai la preuve que l'enfant ne présente pas un danger ! lui lança-t-elle tout en tendant le bras par-dessus l'épaule des gardes. Laisse-moi te montrer !

Le Maître suprême des Volturi fit alors un signe de la main à ses sbires qui laissèrent passer Alice le plus naturellement du monde, soumis qu'ils étaient aux ordres d'Aro. Ce dernier empoigna alors fermement la frêle main d'Alice, une main qui représentait bien plus que les souvenirs d'une simple vie. Cette main qui dévoilait à la fois son propre passé mais aussi et surtout le futur de tous ceux présents dans cette clairière en ce jour sinistre.

01/09/2016

Chapitre 2
 




Un long silence régnait sur la plaine, un silence qui semblait s'éterniser de minute en minute sans que ni Alice ni Aro ne laisse paraître un quelconque indice concernant la vision que celle-ci avait eu. Son air renfrogné et décidé pourtant si peu adapté à son visage de lutin fixaient Aro qui lui au contraire paraissait, comme à son habitude, captivé par ce que lui seul pouvait voir. Transporté dans un univers futur, la perspective d'apercevoir l'avenir ne semblait guère le déranger, bien au contraire, cette aptitude qu'il espérait tant pouvoir acquérir lui permettait de renforcer son statut de Maître suprême des Volturi, soit des vampires en général et donc de l'espèce la plus évoluée sur Terre, celle capable de dominer et d'assouvir tout autre animal, celle que tout le monde craint. Aro ne rêvait que de s'élever au-dessus des Dieux eux-mêmes quels qu'ils soient, or le don d'Alice à lui seul lui permettait d'assouvir ce besoin primaire chez lui.

Pourtant son air ébahi se transforma peu à peu pour laisser la place à une perplexité accablante et incompréhensible pour quiconque assistait à cet échange muet. Ses yeux s'agrandirent peu à peu, ses épaules s'affaissèrent et son visage se décomposa alors dans un masque d'effroi qui lui était inédit. Mais alors que les membres de son clan s'interrogeaient sur la vision décisive d'Alice, cette dernière les devança en s'adressant directement à Aro :

-Peu t'importe mes preuves ! Tu ne reviendras pas sur ta décision !

Et avant que quiconque n'ait eu le temps d'interpréter ces paroles, Alice se tourna vers Bella pour lui souffler un « maintenant » dont seules elles deux comprenaient le sens puis se pencha en avant et sans que personne ne puisse intervenir, lui asséna un violent coup de talon dans la mâchoire. Le Maître tant respecté des Volturi s'éleva alors dans les airs et retomba sur ses deux jambes quelques dizaines de mètres plus loin. Quelle que soit la raison qui avait poussé Alice à agir ainsi, son acte venait de sceller le destin de chaque être présent dans cette clairière en ce jour.

Alors que des membres de la garde inférieure s'emparèrent d'Alice, Carlisle hurla aux Volturi de relâcher sa fille adoptive et se précipita vers le camp adverse. La rage qui montait en lui semblait avoir décuplé sa force et l'avoir transformé en une machine de guerre que les quelques membres de la garde inférieure des Volturi suffisamment téméraires ou inconscients tentèrent de stopper à leurs risques et périls. Mais Carlisle n'avait d'yeux que pour Aro. Son ancien ami. Son ancien compagnon de clan. Son alter ego intellectuel. Son ennemi de toujours. Les deux s'élancèrent alors l'un vers l'autre et s'entrechoquèrent à quelques de mètres au-dessus du sol dans un fracas assourdissant puis retombèrent sur le sol enneigé, l'un avec toute la grâce que lui avait conféré ses millénaires d'existence, l'autre avec toute la dignité dont peut encore fait preuve un corps décapité.

Carlisle n'était plus. Son corps désormais incandescent reposait au loin derrière Aro qui, un sourire machiavélique au bord des lèvres, tenait d'une main ferme la tête arrachée de Carlisle Cullen.

C'était la fin.

D'un même mouvement, les Cullen et leurs alliés s'élancèrent à toute allure vers le camp adverse dirigé par Aro dont les bras s'élevèrent subitement, autorisant ainsi ses troupes à assouvir les pulsions meurtrières qui les rongeaient tous à la vue des vampires végétariens, des traîtres à leur espèce.
Les deux camps s'entrechoquèrent violemment quasiment instantanément. Les coups pleuvaient de partout, les corps volaient, les têtes s'arrachaient. Chacun semblait avoir oublié la cause pour laquelle il était présent, ne cherchant plus qu'à se battre pour sa propre survie. Il n'y avait plus d'alliés, seuls les ennemis semblaient importer à Aro qui contemplait ce spectacle fasciné par le massacre qui avait lieu sous ses yeux. Que c'était glorifiant de constater qu'à lui seul il était capable de déclencher un tel affrontement entre ces dizaines de vampires qui n'avaient pourtant aucune raison de se haïr ni aucun motif pour chercher à se détruire les uns les autres. Lui seul était la cause de ce massacre et pourtant c'était ses disciples qui se battaient pour lui. Les Cullen se battaient pour venger Carlisle et leurs alliés pour leur liberté, un idéal pourtant inaccessible. Mais chacun des membres de son armée ne risquait sa vie qu'afin de progresser dans la hiérarchie de la garde, de conserver son rang ou encore tout simplement par peur de s'opposer aux Volturi car par défaut, celui qui ne se bat pas avec lui se bat contre lui. Il faudrait être fou pour s'y risquer, fou ou désespéré.

Toujours aussi captivé par le spectacle qui se tenait sous ses yeux, Aro chercha des yeux les membres les plus fidèles et les plus hauts placés de sa garde, comme Demetri qui se battait vaillamment face à Jasper. Toutefois, au grand désarroi d'Aro, aucun des deux ne semblait avoir le dessus, tout du moins jusqu'à ce que le Cullen se cambre soudainement en arrière, le corps crispé et la bouche ouverte dans un cri muet. Quelques mètres derrière lui se tenait Jane, le joyau de sa collection, qui fixait sa cible sans ciller tout en exerçant son pouvoir destructeur. Il n'en fallu pas plus à Demetri pour trancher le cou de son adversaire avec l'aide de Felix. Un cri strident retentit alors du côté des quelques Volturi en retrait. Alice, qui venait tout juste d'assister à la mort de son conjoint, se débattait désormais pour échapper à l'emprise de ses gardes. Appartenant à la garde inférieure, ceux-ci ne résistèrent pas longtemps avant qu'elle leur arrache les bras pour se précipiter elle aussi dans la mêlée sans qu'Aro n'ordonne à qui que ce soit de la retenir. En effet, celui-ci était de nouveau captivé par la bataille, et notamment par le combat entre Alec et le Cullen le plus imposant. Sans qu'Aro ne parvienne à deviner pourquoi, Alec semblait avoir totalement fait abstraction de son don pour privilégier le corps à corps contre un vampire pourtant plus fort que lui. Aussi, il ne fallut que peu de temps au Cullen pour dominer Alec qui se retrouvait alors entièrement sans défense, le corps à demi-enfoncé dans la neige, les muscles de son cou tendu à l'extrême afin de résister à la tension qu'exerçait son adversaire pour lui détacher la tête du reste du corps, corps qui fut projeté quelques secondes plus tard une dizaine de mètres plus loin. La fascination d'Aro laissa place à un effroi presque palpable qui se retrouvait sur le visage de chacun des Volturi ayant assisté à la scène, l'une des figures les plus emblématiques de la garde et des Volturi dans leur intégralité venait de s'effondrer. Il devait être venger.

Demetri se précipita alors vers Edward et un combat presque bestial s'entama entre les deux vampires. Alors que l'entraînement du traqueur était supérieur à celui du télépathe, ce dernier ne se privait pas d'utiliser son pouvoir sur son adversaire, contrairement à Alec, et devinait ses gestes et tactiques avant même qu'il n'ait pu esquissé le moindre mouvement.

Un grondement terrifiant et lointain s'éleva alors des fins fonds des sous-sols terrestres et le sol sous leurs pieds se mit à trembler sur toute l'étendue de la clairière lorsqu'une crevasse commença à se former au milieu de la bataille partant tout d'abord du poing d'un vampire à l'allure égyptienne. Celle-ci s'étendit alors subitement jusqu'à la lisière de sa forêt, entrainant avec elle une multitude de corps vampires et lupins.

Instantanément chacun compris que cette crevasse représentait une chance ultime de se débarrasser de son adversaire. Ce fut notamment ce que fit Demetri lorsqu'il parvint à faire perdre l'équilibre à Edward qui chuta alors le long de la roche. Mais sans que personne ne comprenne comment, ce dernier parvint à en émerger et se projeta sur Demetri qui lui tournait désormais le dos et qui, par conséquent, ne le vit pas à arriver, ni lui ni la mort qui l'accompagnait, et se retrouva lui aussi décapité sans préambule.

Mais alors que celui qui était probablement le meilleur combattant de la garde supérieure venait de mourir, c'était désormais l'égérie même de la garde qui courait pour sa vie, poursuivie par une Alice vengeresse et mentalement protégée par Bella. Sans aucune riposte possible, Jane courrait sans but si ce n'est que d'échapper à sa poursuivante. Aussi ne vit-elle pas arrivée l'autre vampiresse aux yeux dorés qui se précipitait vers elle à une telle vitesse que pendant un instant Aro ne songea plus au danger que cette dernière incarnait pour sa protégée mais aux atouts qu'elle pourrait lui apporter. Sa vélocité était telle qu'elle parvenait à se faufiler entre chaque combat et à semer chaque assaillant, Jane n'aurait eu aucune chance de lui échapper même si elle l'avait vue. Désireuse de venger elle-même son défunt compagnon, Alice redoubla de vitesse mais ne parvint à temps au niveau de Jane qui se débattait déjà vainement face à l'emprise de la vampiresse véloce. Des tentacules d'un blanc laiteux dansaient autour de ses doigts, là où sa peau entrait en contact avec la gorge de la Volturi dont les yeux se ternissaient à mesure que son énergie semblait la quitter. Un spectacle tout aussi étrange qu'inattendu, celle que tout le monde craignait et dont le simple nom pouvait faire frémir de peur certains vampires n'était désormais réduite qu'à l'état de loque, une simple poupée de chiffon dont son assaillante se débarrassa aussi promptement qu'elle l'avait attrapée en la jetant aux pattes d'un immense loup qui déchiqueta le corps inerte de Jane Volturi.

Aro ne savait plus où donner de la tête. Le spectacle qu'il avait sous les yeux ne le fascinait plus le moins du monde mais s'avérait au contraire des plus effrayants. Partout des corps revêtus de capes noirs chutaient pour ne plus jamais se relever. Une multitude de cadavres jonchaient la plaine enneigée et des braseros s'allumaient de toute part pour définitivement condamner ces vampires à une mort encore plus éternelle que la vie dont ils rêvaient. Seuls quelques Volturi de la garde supérieure étaient encore en vie. A la lisière de la forêt, Aro pouvait apercevoir la petite Renata achever un loup d'au moins trois fois sa taille, quelques mètres plus loin, c'était Chelsea qui luttait contre une Amazone prêt du corps sans vie de son ancien amant que l'invisibilité n'avait pu sauver, et enfin, à quelques mètres de lui se battaient Felix et un énième vampire aux yeux dorés. Bien que physiquement ce dernier semblait à peine sortir de la puberté, il présentait une force bien supérieure à celle du colossal Volturi pourtant réputé comme un vaillant combattant capable de briser les vampires les plus costauds. Sa force était d'autant plus stupéfiante qu'il ne pouvait s'agir d'un nouveau-né surentraîné de par la couleur de ses yeux et pourtant il se tenait là face à Felix qui lui s'avérait incapable de parer le moindre coup de son adversaire qui semblait presque prendre plaisir à le dominer. Il tellement captivé qu'il ne prêta pas attention à l'ombre qui se rapprochait derrière lui et lui asséna un violent coup à l'arrière du crâne. Davis tenta de réitérer son coup mais cette fois l'autre vampire le vit venir et esquiva son poing avant de lui agripper le poignet et de lui arracher le bras d'un simple geste. Derrière lui, Aro entendit alors Sulpicia gémir comme pour réprimer un sanglot. Sa femme se serait d'ailleurs sans doute effondrer si Athenodora ne l'avait pas retenu lorsque le vampire aux yeux dorés profita de la douleur et de la stupéfaction de Davis pour l'immobiliser au sol et lui arracher la tête.

C'en était trop pour Aro. Voir son armée décimée était une chose mais voir son fils mourir tué sous ses yeux en était une autre. Il se jeta alors à corps perdu dans le combat et s'élança vers Bella et Edward, le visage dissimulé derrière un masque de rage et de rancune. Son armée, son clan et sa famille venait d'être anéantis après qu'ils aient engendré un hybride à moitié humain, une vulgaire erreur de la nature qui n'aurait jamais dû voir le jour et qui ne méritait pas de vivre au prix de tant de vies. Comment une enfant dont le sang impur coulait dans les veines pouvait être à l'origine de la mort de vampires aussi ancestraux qu'Afton ou Demetri ou aussi puissants que Jane ou Alec ? Comment pouvait-elle mériter de vivre alors que ses parents, ses traîtres à leur espèce, se renier eux-mêmes en refusant leur nature et la moindre goutte de sang humain ? Les Cullen méritaient de mourir, tous autant qu'ils étaient.

C'était donc plus que pour sa propre vie que se battait Aro, mais aussi pour son orgueil, sa fierté, sa vengeance et son irrépressible besoin de tout contrôler, cette mégalomanie qui le tua, lui et tant d'autres ce jour-là. Car à mesure que la torche se rapprochait de sa tête détachée de son reste du corps, une ultime pensée lui traversa l'esprit. « Quel gâchis... » se dit-il face à un tel massacre et face aux corps sans vie de tant de vampires dotés de pouvoir aussi puissants qui le sien si ce n'est plus. Un dernier regard, une énième pensée, un ultime regret puis les flammes et les ténèbres l'engloutirent, lui le vampire le plus redouté de tous les temps.




01/09/2016

Chapitre 3
 

 
D'un geste brusque, Aro lâcha la main d'Alice. Sur son visage se reflétaient l'effroi qu'avait suscité le futur qu'il venait d'apercevoir. Son regard parcouru le rang des Cullen, ses yeux s'attardant tout particulièrement sur les vampires dotés de capacités exceptionnelles tels que Benjamin et Kate, ou plus encore sur Addolorata et Lucca. Mais tous, vampires et loups confondus, se montraient particulièrement attentifs à la tournure qu'allaient prendre les événements suite à cette révélation.

-Tu sais désormais, lui lança Alice, tel est ton avenir. Sauf si tu décides d'en altérer le cours.

-On ne peut en altérer le cours, s'interposa une fois de plus le vampire blond dont Addolorata ne parvenait toujours pas à se rappeler le nom exact. L'enfant reste une menace préoccupante.

-Mais si on vous certifiait qu'elle demeurera étrangère au monde des humains ? intervint Edward.Pourrait-on vivre en paix ?


-Bien sûr mais vous ne pourriez le prouver !

-Je crois bien que si.

Sceptique, Addolorata se tourna vers Edward sans comprendre ce à quoi il faisait allusion jusqu'à ce que des pas se fassent entendre dans leur dos. Deux ombres venaient d'émerger de la forêt au loin et s'avançaient dans leur direction. Le tintement de leurs bijoux tribaux résonnait dans la clairière, dissimulant presque le crissement de leurs pieds nus sur la neige. Bien qu'à moitié nus, ni l'un ni l'autre ne semblait sensible au froid hivernal et au vent qui leur fouettait le visage. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient, l'odeur du sang parvint jusqu'à Addolorata. Comme tous les Cullen et la majorité des vampires végétariens, elle bénéficiait d'un certain self-control face au parfum du sang humain qui ne la laissait pourtant guère indifférente, et pourtant celui-ci l'odeur de celui-ci l'effleurait à peine. Il était comme la neige qui l'entourait, elle était capable de sentir sa froideur mais ne la ressentait pas pour autant, de même qu'elle percevait l'odeur du sang mais ne s'en sentait pas réellement attirée. A dire vrai, il la répugnait presque, certes pas autant que l'odeur des loups qui l'entouraient mais suffisamment pour qu'elle est envie de s'en éloigner lorsqu'il passa à côté d'elle pour traverser le rang. Elle ne maintint sa position qu'afin de leur faire comprendre à lui et la vampiresse aux yeux rouges qui l'accompagnait qu'elle n'avait pas à s'incliner devant lui et à lui céder le passage comme tous les autres vampires venaient de le faire. S'il souhaitait passer, il n'avait qu'à la contourner, ce qu'il fit, non pas sans lui jeter un coup d'½il interrogateur face à ses manières peu civilisées.

Le couple traversa alors la clairière avant de s'arrêter quelques pas derrière Alice.

-J'ai moi aussi cherché des témoins dignes de foi parmi les Ticuna, une tribu du Brésil.

-On a assez de témoin ! S'énerva une fois de plus le vampire blond qui ne cessait d'interrompre ceux qui tentaient de parler.

-Laisse-les parler mon frère, le fit judicieusement taire Aro.

-Je suis mi-humain mi-vampire, comme l'enfant, se présenta alors celui dont le sang répugnait Ada. Un vampire séduisit ma mère qui mourut en me donnant le jour. Ma tante Huilen m'éleva comme son fils. J'en fis une immortelle.

-Quel âge as-tu ? intervint Bella.

-J'ai aujourd'hui 150 ans.


-A quel âge as-tu atteint la maturité ? demanda Aro, désormais totalement fasciné par le spécimen qu'il avait sous les yeux, à tel point qu'il semblait en avoir complètement oublié la vision d'Alice et la raison de sa présence ici.

-J'étais pleinement adulte sept ans après ma venue au monde. Je n'ai pas changé depuis.

-Régime alimentaire ?

-Sang. Nourriture humaine. L'un ou l'autre me convient.

-Ces enfants sont presque comme nous, se fit alors entendre une voix rauque et faible dont Addolorata ne parvint pas instantanément à déterminer la source tellement Marcus, le Maître Volturi se tenant à l'écart et qui venait de s'exprimer semblait figé.

-Vous oubliez que les Cullen fréquentent assidûment les loups-garous, par nature nos ennemis ! tonna une énième fois le vampire blond qui semblait leur vouer une haine particulièrement subjective, comme s'il leur avait été personnellement confronté.

Sa fureur fut alors confrontée au calme olympien d'Aro qui lui posa une main sur l'épaule de la même manière que Jasper procédait parfois pour modifier les sentiments de Rosalie lorsqu'elle était en colère.

-Chers frères, il n'y a nul danger ici. Il n'y aura pas de combat aujourd'hui.

Dépité et toujours enragé, le vampire blond s'apprêtait à tourner les talons mais une fois de plus, Aro l'arrêta d'un geste et se retourna vers les Cullen dont le soulagement illuminait les visages.

-C'est toutefois un beau bataillon que tu as rassemblé là, Carlisle. Un beau bataillon vraiment... Tu parles de témoins mais certains me semblent pour le moins... prédestinés au combat et c'est avec un immense plaisir et une incommensurable fierté que je me permets de leur offrir une place à nos côtés où nous saurons faire usage de leurs aptitudes exceptionnelles.

Son regard perçant se posa alors directement sur Lucca et Addolorata qui ne cilla pas le moins du monde, refusant de laisser paraître le trouble, si ce n'est l'inquiétude, qui l'accaparait en se demandant ce qu'Aro pouvait bien avoir vu dans la vision d'Alice. Son don ? Sa vitesse ? Sa force ? Ou pire encore, son collier ? Si tel était le cas, alors jamais il ne les laisserait repartir de leur côté. Se cacher toutes ses années et dissimuler leur pendentif, le seul lien avec leur passé, n'auraient servi qu'à retarder l'inéluctable et non pas à éviter une énième confrontation. Au fond d'elle-même, Addolorata savait pertinemment que son v½u le plus cher était de connaitre la vérité et de découvrir qui elle était réellement. Nonobstant ce fait, elle n'était pas prête à faire les concessions qui s'imposaient. Si ce collier appartenait réellement aux Volturi alors c'était forcément auprès d'eux que se trouvaient toutes les réponses à ses questions et il n'y avait qu'en les rejoignant qu'elle ne pourrait y accéder. Et voilà que l'un d'entre eux, et pas des moindres, lui proposait explicitement d'agrandir ses rangs. Nombreux étaient ceux qui rêvaient d'une telle opportunité mais Addolorata n'en faisait pas partie, probablement guère plus que Lucca. L'un comme l'autre rêvaient de liberté et la vie cloîtrée au sein du château à obéir aux ordres d'autres vampires sanguinaires et tyranniques ne les attrayaient point. Addolorata n'avait jamais été capable de suivre le moindre ordre et encore moins de se fondre dans le décor. Comment refuser l'offre d'Aro devant tant de témoins sans déclencher son irritation ?

-Me permettriez-vous ? lança-t-il en leur tendant la main, ses intentions non dissimulées.

Addolorata et Lucca se concertèrent du regard, le soulagement des Cullen laissant la place à une certaine anxiété. Tous deux étaient conscients que derrière l'air enjoué d'Aro et le ton interrogatif de sa phrase se cachait un ordre implicite mais pourtant bien présent.

-Lucca s'il-te-plaît, le supplia presque Edward en indiquant les Volturi du regard.

Bien qu'il ne lui devait rien et que ce dernier était à l'origine même de la venue des vampires italiens, Lucca s'avança calmement mais d'un pas tout de même décidé dans la neige, le bruit de ses pas venant rompre à lui seul le silence qui régnait dans la prairie enneigée. A peine fut-il arrivé à leur niveau, qu'Aro lui empoigna la main, les yeux perdus le vide et l'esprit vagabondant dans les tréfonds de la mémoire lacunaire de Lucca.

-Étrange... Vraiment étrange... Tu sembles n'avoir aucun souvenir d'une quelconque transformation, ni même de ta vie humaine ou de ton créateur. Ton passé me semble à ton image mon cher, tout à fait fascinant. En est-il de même pour ta compagne ?

Son regard se posa alors sur Addolorata, restée en retrait du côté des Cullen qui se tournèrent d'un même mouvement vers elle, désormais le centre d'attention de plusieurs dizaines de vampires. Tous été pertinemment conscients du danger qui rôdait à nouveau. Refuser de laisser Aro lire en soi impliquait nécessairement qu'on avait un lourd secret à lui cacher. Lui révéler les pouvoirs d'Ada revenait à l'inviter à tuer tous les vampires alliés des Cullen présents afin de l'ajouter à sa collection. Et enfin, pire encore, le laisser toucher Addolorata déclencherait une émeute inévitable lorsque le Maître s'effondrerait, vide de toute énergie. Indécise face à ce dilemme cornélien, la jeune fille resta sur sa position, le regard fixe et le visage vide d'émotion.

-Nos souvenirs sont identiques, s'interposa Lucca. Vous n'en apprendrez pas plus sur nous en lisant en elle.

-Je tiens cependant à m'en assurer par moi-même, rétorqua Aro en lui tendant à nouveau la main. Ma chère, voudrez-tu bien me faire l'honneur ?

-Vous n'avez pas idée de ce à quoi vous vous confrontez.

Le regard toujours fixé sur Addolorata qui refusait d'esquisser le moindre mouvement, Aro prêta à peine attention aux paroles pourtant suspectes de Lucca et se tourna vers Jane, un sourire machiavélique au bord des lèvres quand soudain de l'autre côté de la plaine Addolorata s'effondra sur le sol. Recroquevillée dans la neige, elle se tenait la tête entre les mains, ses longs cheveux blonds dissimulant son visage crispé dans un masque de douleur. Tétanisée par la souffrance qui la rongeait, la jeune fille peinait à demeurer à genoux alors que la douleur lui vrillait les tempes. Cette dernière persistait et les secondes qui s'écoulaient semblaient durer une éternité à ses yeux. Elle n'avait jamais autant souffert et pourtant elle refusait de crier ou de ne laisser échapper ne serait-ce que le moindre gémissement trahissant sa soumission. Elle ne voulait pas leur faire ce plaisir.

-Aro je t'en prie, s'écria Carlisle. Tout ceci n'est pas nécessaire !

Conscient qu'il disait vrai mais satisfait de voir l'insurgée entièrement soumise, Aro attendit encore quelques secondes avant de faire un signe de la main à Jane qui fit cesser son don comme s'il ne s'était rien passé. Mais aussitôt qu'Addolorata fut libérée du joug qui l'asservissait, qu'elle se releva, une fureur sans nom se lisant sur son visage et permettant à quiconque la connaissait un tant soit peu de deviner ses intentions. Diverses réactions fusèrent alors de toutes parts. Des cris s'élevèrent du côté des Cullen qui tentèrent de retenir la vampiresse dont les yeux s'étaient sensiblement assombris. De l'autre côté, Lucca s'était quant à lui discrètement éloigné de la garde supérieure des Volturi, devinant sans mal ce que s'apprêtait à faire sa s½ur pour sa plus grande distraction. Et entre les deux camps progressait à vive allure une ombre de mauvaise augure imparable. Une ombre si rapide et inattendue qu'aucun des Volturi n'eut le temps de réagir et encore moins de se préparer à ce qui allait s'abattre sur eux, car Addolorata ne ralentit pas en arrivant à leur niveau et percuta Jane avec une telle force que cette dernière fut propulsée une centaine de mètres plus loin. Gisant dans la neige, Jane tentait vainement de se relever et de comprendre ce qui venait de lui arriver quand son assaillante lui saisit la gorge, ses doigts pâles auréolés de sa fumée blanchâtre si caractéristique, et l'immobilisa au sol.

Les cris des Cullen redoublèrent alors d'intensité, aussitôt rejoints par ceux des témoins et ceux de la garde qui assistaient médusés à la scène. Mais parmi tous ces cris, l'un en particulier se détacha des autres. Un cri strident et déformé par la douleur de sa propriétaire qui sentait alors la vie la quitter progressivement à mesure qu'Addolorata lui aspirait son énergie et lui projetai son propre pouvoir. D'abord interdite face à cette toute nouvelle forme de souffrance, il fallut quelques instants à Jane pour se souvenir de la dernière fois qu'elle avait ressenti une telle brûlure au fond de son âme avant de comprendre que ce martyr était en réalité l'exacte réplique de celui qu'elle avait subi plus d'un millénaire auparavant. La même intensité, la même douleur, tout était identique à tel point qu'elle pouvait à nouveau voir les flammes danser devant ses yeux tels des spectres venus la hanter à nouveau. C'était ses flammes qui avaient manqué de la tuer en tant qu'humaine, et ces dernières semblaient venir achever leur ½uvre et lui ôter son éternité.

Cependant la douleur disparut aussi vite qu'elle était apparue, permettant enfin à Jane de se relever pendant qu'à quelques mètres de là, Addolorata luttait contre Alec qui l'avait prise par surprise. Face à la douleur de sa s½ur, ce dernier avait écouté son instinct plus que sa raison et s'était précipité vers la vampiresse aux yeux dorés, la propulsant au loin. Cette dernière parvint néanmoins à atterrir gracieusement et à peine avait-elle touché le sol qu'elle s'élança vers lui en même temps que Lucca. Le Volturi lui tournant le dos, il ne le vit guère arrivé et fut projeté à quelques mètres du sol tandis qu'Addolorata profita de son élan pour bondir vers lui. Les deux vampires s'entrechoquèrent et atterrir tout aussi violemment dans un jaillissement de neige, la main d'Addolorata enserrant d'ores et déjà le cou de son assaillant. Cloué au sol, Alec ne pouvait esquisser le moindre mouvement tandis que ses forces le quittaient peu à peu à mesure que de la fumée blanche s'échappait des pores de la vampiresse. Mais progressivement, de la fumée noire se mêla à la blanche, les tentacules nocives s'entremêlant les unes aux autres pour ne former qu'un amas de fumée opaque progressant dangereusement vers des Volturi ébahis et sans défense face à cette menace inattendue.

Tous fixaient la vampiresse aux yeux dorés et au visage de marbre qui contemplait le clan italien tel un prédateur face à sa proie. Mais tandis que la fumée se rapprochait de plus en plus, Lucca s'élança vers sa s½ur et lui posa une main sur l'épaule, là où ses vêtements le protégeaient de son contact et cette dernière leva les yeux vers lui en signe d'interrogation. Un simple hochement de tête à la négative et elle desserra sa poigne autour du coup de sa victime avant de reculer de quelques pas pour lui permettre de se relever lentement.

Imperturbables face à la centaine d'yeux braqués sur eux, Addolorata et Lucca se tenaient fièrement au centre de la clairière, le menton relevé en signe de défi et les yeux brillants d'orgueil et de fierté. Toutefois ça n'était pas leur air hautain que fixaient les Volturi et leurs témoins qui leur faisaient face mais plutôt les sombres colliers jadis dissimulés par leurs vêtements mais reposant sur leurs poitrines suite à l'agitation de l'affrontement. Ces sombres colliers dont chacun ici présent connaissait la signification. Les colliers d'appartenance aux Volturi.

-Où les avez-vous eus ? s'écria le Maître blond dont le nom revint subitement à la mémoire d'Addolorata comme étant Caius, le plus cruel des trois.

-Notre passé n'a plus de secret pour vous à présent. Nous possédions déjà ces colliers dans nos plus vieux souvenirs.

-Seuls les membres de la garde peuvent posséder nos armoiries ! Et quiconque quitte nos rangs s'en voit définitivement privé ! Vous n'avez pas à les porter !

Contrairement à Caius qui semblait furieux en découvrant leur secret, Aro quant à lui se contentait de fixer les deux jeunes vampires végétariens comme pour tenter de les associer à de lointains souvenirs. Caius disait vrai, seuls les membres actuels de la garde possédaient leur célébrissime emblème, il en avait toujours été ainsi. Et pourtant il ne parvenait guère à se remémorer leurs visages comme ceux d'anciens membres de son clan. Certes aucun des Maîtres ne pouvait se vanter de connaître chaque vampire de la garde inférieure mais avec des capacités comme les leurs, ni Addolorata ni Lucca n'auraient pu se mêler longtemps aux autres capes grises et se seraient rapidement élever parmi sa garde la plus rapprochée.

-Carlisle, je dois avouer que je suis particulièrement déçu de constater qu'il ne te soit jamais venu à l'esprit de nous faire savoir que deux membres de ta famille possédaient nos armoiries.

-Il est intolérable que ces deux vampires puissent... tonna de nouveau Caius.

-Toutefois, l'interrompit Aro avec un regard qui en disait long à son compagnon de clan, je demeure persuadé que ce mal entendu est résoluble.

La tension commença à s'emparer d'Addolorata. Le Volturi allait exiger de récupérer les colliers qu'ils n'étaient, selon lui, pas en droit de posséder. Il souhaitait leur voler leur seul lien avec leur passé, le seul objet qui les rattachait à une vie dont ils n'avaient plus aucun souvenir et qui pourtant pouvait s'avérer capables de leur fournir toutes les réponses qu'ils exigeaient après ces longs siècles d'attente.

-Pourquoi s'obstiner à réprimer votre nature et vos origines alors que votre place vous était destinée avant même de nous rencontrer ? Vous pourriez continuer à vivre dans l'ignorance la plus totale et vous niez à jamais alors que vous avez aujourd'hui la possibilité d'obtenir des réponses. Le clan des Volturi est votre passé, il peut aussi devenir votre avenir.

Des paroles indignées et offusquées s'élevèrent de toute part du clan italien. Qui aurait cru qu'après avoir attaqué sa garde, Aro maintiendrait sa proposition ? Et pourtant sa motivation se lisait dans son regard, sa mégalomanie avait pris le dessus sur sa raison.

-Nous ne viendrons jamais compléter votre collection ! s'exclama Lucca, lui d'ordinaire si calme mais désormais offusqué de n'être considéré que comme un vulgaire jouet.

-Hélas mon cher, jamais risque de s'avérer bien plus court que prévu à l'échelle de ton éternité.

A peine avait-il finit de parler que quatre vampires aux capes plus clairs se détachèrent des rangs de la garde et s'avancèrent d'abord lentement vers Addolorata et Lucca, toujours immobiles, avant d'accélérer progressivement jusqu'à courir à pleine vitesse. Leur air confiant trahissant leur manque total de jugement et leur crédulité laissa subitement la place à une incompréhension totale lorsque Lucca en intercepta un en pleine course et lui brisa la nuque d'un simple coup. Derrière lui, l'un des vampires venait d'atteindre Addolorata et de lui empoigner la chair à nue au niveau du poignet sans qu'elle ne fasse rien pour l'en empêcher. Le vampire s'effondra quasiment instantanément mais, emporté par son élan, finit sa course face contre terre alors qu'un troisième vampire se jetait à sa suite. La jeune fille lui s'élança alors soudainement avant de déraper sur le sol pour lui tacler la jambe droite et se relever derrière lui, ses mains enserrant déjà son cou qui se détacha du reste des épaules en une seconde. Entre temps, Lucca était lui aussi parvenu à éliminer leur dernier assaillant dont le buste gisait à ses pieds, décapité et amputé de ses bras.

L'exploit des deux jeunes vampires n'était pas mince mais ils étaient tous deux conscients que malgré leurs capacités accrues, ils ne seraient jamais à même de faire face à la garde toute entière et à tous les talents dont elle regorgeait. Aussi, sur un regard entendu, les deux adolescents disparurent en courant dans la forêt, de nombreux vampires encapuchonnés et un profond désir de vengeance à leur poursuite.


19/09/2016

Chapitre 4
 




Le silence régnait dans la forêt, momentanément interrompu par le bruit de leur course. Le vent lui fouettait le visage, balayant ses mèches blondes. Le froid glacial lui agressait sa peau déjà glacée. Les flocons épars s'envolaient dans son sillage. Le soleil se reflétait sur sa peau de marbre tels des milliers de petits cristaux. Mais rien de tout cela ne l'atteignait. Elle était immunisée contre tout élément extérieur. La neige, le soleil, la température, le vent, plus rien n'avait d'importance à ses yeux, même ses émotions et ses besoins l'avaient désertée. Elle ne ressentait pas plus la brûlure dans sa gorge que la fatigue qui l'aurait assailli après cette nuit éprouvante si elle avait été humaine. Mais sa soif de sang avait laissé la place à son irrésistible soif de vengeance. Cette haine qui la rongeait depuis des heures ne cessait d'accroître à mesure que le temps passait sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'assouvir. Il lui tardait d'utiliser son don, d'assouvir ses pulsions tortionnaires et de voir se refléter la douleur dans les yeux de ses victimes. Elle ne les tuera pas, ça n'était pas dans ses habitudes, elle préférait laisser le rôle de bourreau à ceux qui prenaient plaisir à ôter la vie à des êtres déjà morts. Non, elle ne trouvait satisfaction que dans la souffrance. Elle ne voulait pas que ses ennemis craignent la mort qui l'accompagnait mais qu'ils soient terrifiés par elle et rien d'autre. Car ce qu'elle pouvait infliger à ses ennemis était bien pire que la mort. Elle était capable de les faire souffrir des jours durant sans jamais s'en lasser, sans que jamais ses victimes ne trouvent de repos. Elle incarnait le cauchemar et la hantise chez certains vampires mais ça ne lui suffisait pas, elle les voulait tous à ses pieds, elle voulait être respectée sans que quiconque ne tienne compte de son apparence juvénile ou de ce visage de poupée qu'elle détestait tant. Au fond d'elle-même, elle était un monstre et en avait pertinemment conscience. Déjà humaine, elle était considérée comme telle et avait failli en périr. Elle avait été brisée, humiliée et ses bourreaux en avaient payé le prix fort sans qu'elle ne puisse y trouver satisfaction. Depuis, personne n'avait jamais osé s'opposer à elle, personne jusqu'à hier. Désormais c'était à elle de les réduire à néant. Son désir de vengeance la rendait plus forte que jamais, elle était prête à faire souffrir ces deux vampires des siècles durant s'il le fallait, après tout elle était immortelle, mais elle ne les laisserait pas mourir avant d'avoir assouvi sa vengeance.

Toutefois les vampires étaient toujours hors de vue. Alors elle courait dans l'espoir de les rattraper, tel un prédateur et ses proies. Elle courait, encore et toujours, guidée par le don de traqueur de Demetri, elle courait sans jamais se fatiguer alors que le jour avait cédé face à la nuit et que cette dernière commençait à laisser place aux premières lueurs de l'aube.

Tout à coup Demetri s'arrêta, tous les sens aux aguets, le regard rivé vers l'obscurité qui ne laissait rien paraître. Prostré dans une posture offensive, les muscles tendus à l'extrême, sa mâchoire crispée, tout dans sa posture indiquait qu'ils touchaient au but ? Leurs cibles ne devaient plus être bien loin désormais.

-Quelle distance ? interrogea Jane à la fois comblée d'être aussi près du but mais toutefois soucieuse face à ce qui risquait d'advenir.

-Je n'en sais rien, ils sont bien trop rapides. 25 kilomètres, 20 peut-être mais ils se rapprochent. Ils sont bien trop rapides, c'est insensé...

-S'ils viennent dans notre direction, inutile d'aller plus loin. Laissons-les venir à nous, on devrait les voir apparaître dans 5mn tout au plus s'ils sont à pleine vitesse.

Le regard du traqueur en disait long sur son incompréhension. Peu habitué à se sentir aussi démuni, lui qui d'ordinaire était capable de pister et de sentir la présence de n'importe semblait pour une fois complètement dépassé par ce qui se passait. Les regards furtifs qu'il jetait aux alentours ne contribuaient pas non plus à rassurer les autres membres du groupe. Chacun était sur ses gardes, tout sens en alerte, à l'affût du moindre signe de vie. Un battement d'ailes au loin, les pas feutrés d'un cervidé, le bruissement des feuilles, rien ne leur échappait. Les secondes s'écoulaient interminablement, tous attendaient le moment fatidique comme leur jugement dernier. Aucun destin n'était plus incertain que le leur en ce moment-même. Pourquoi les deux vampires avaient-ils subitement décidé de faire demi-tour alors qu'ils fuyaient depuis plusieurs heures déjà sans que jamais les Volturi ne parviennent à les rattraper ?

Mais alors que le traqueur les avait sentis à une vingtaine de kilomètres de là, il ne fallut que deux minutes à peine avant que leur présence ne soit perceptible aux autres.

-Ils sont tout près, chuchota Demetri comme s'il cherchait à ne pas perturber le silence paisible de la forêt ou à ne pas se faire entendre de leurs proies. Leurs proies qui pourtant semblaient désormais les prendre en chasse.

Le silence commençait à devenir de plus en plus pesant quand un bruit sourd se fit entendre à quelques mètres seulement. Tous se retournèrent d'un même mouvement pour lui faire face. Elle se tenait parfaitement droite, les bras le long du corps, aussi immobile qu'une statue, ses cheveux blonds encadrant son visage toujours de marbre comme si la situation ne l'affectait guère. Elle ne cherchait ni à fuir ni à les attaquer, se contentant de les scruter un à un. C'était probablement le trait le plus dérangeant, si ce n'est le plus frustrant, avec elle. Son aptitude à se montrer indifférente face à tout ce qui l'entourait portait à confusion et laissait supposer qu'elle était aussi vide que son regard. Ses yeux ne trahissaient pas la moindre émotion, ni haine, ni peur, ni rancune. Rien.

Quelques instants plus tard, un autre son attira leur attention dans leur dos et une ombre émergea d'entre les arbres tel un spectre d'entre des tombes. Il s'avança fièrement à leur rencontre, le menton relevé en signe de défi, une lueur de fierté brillant dans les yeux et ne cherchant pas le moins du monde à dissimuler sa fierté à l'idée que les membres les plus éminents de la garde supérieure aient fait le déplacement pour eux.

-Quel honneur de voir qu'Aro envoie ses meilleurs gardes nous chercher !

-Ne te glorifie pas trop ! lança Alec d'un ton venimeux, tu seras moins fier en voyant ce qu'il vous réserve.

-Il n'empêche qu'il ne doit pas tenir énormément à vos vies non plus pour vous envoyer à notre poursuite. Cela dit, reprit-il après un instant de réflexion, vous non plus. Je dois admettre que je suis perplexe, je n'arrive pas à décider si vous êtes justes inconscients ou parfaitement stupides...

-Tu vas le regretter ! cria Demetri en se jetant sur l'autre vampire.

Celui-ci ne chercha même pas à l'esquiver et d'un revers de manche, l'envoya s'écraser contre des arbres au loin alors que Felix se précipitait déjà sur lui. Un combat s'enclencha alors entre les deux vampires aux carrures pourtant bien déséquilibrées. Alors que Felix mesurait plus de deux mètres et devait sa place au sein des Volturi grâce à sa force hors du commun, son adversaire d'au moins deux bonnes têtes de moins ne semblait pas éprouver la moindre difficulté à parer ses coups. Tandis que le traqueur peinait à se relever, Alec avait déclenché sa brume opaque et cherchait une brèche pour pouvoir atteindre le vampire sans nuire à Felix. Distraite par le combat qui se tenait sous ses yeux, Jane en avait presque oublié la présence de l'autre vampiresse dans son dos jusqu'à ce qu'une main glaciale ne se referme sur sa nuque et qu'un malaise subit l'envahisse. Tout autour d'elle, le blanc de la neige, le noir des capes et le vert des sapins se brouillèrent peu à peu pour ne former qu'un mélange de couleurs indistinctes et de formes indiscernables. Une fois de plus elle sentait ses forces la quitter peu à peu sans pouvoir rien y faire et sans que quiconque ne lui vienne en aide. La Volturi s'effondra sur elle-même, épuisée et dépassée par ce qui se déroulait. Mais c'était sans compter sur Demetri qui avait enfin retrouvé ses esprits et qui intercepta l'attaquante de Jane sur le flanc. Les deux s'envolèrent quelques mètres plus loin et s'écroulèrent dans un amas de neige avant de reprendre leur combat, plus acharnés que jamais. Bien que Demetri soit fort et agile après tous ses siècles d'entraînement à tuer de ses semblables, il semblait évident qu'il ne faisait guère le poids face à son adversaire. Pourtant celle-ci ne cherchait pas à prendre le dessus, au contraire. Elle semblait profiter de la situation sans en tirer parti pour autant. Elle se contentait de parer les coups sans jamais chercher à le dominer. Cette stratégie aurait pu s'avérer efficace à condition que Demetri finisse par s'épuiser à la tâche mais c'était sans compter sur son statut de vampire qui lui conférait une énergie intarissable qui, pour l'instant faisait grand défaut à Jane. Mais alors que cherchait à faire la vampiresse ? Un cri guttural retint soudain son attention et elle se retourna à temps pour voir le vampire aux yeux dorés arracher sa main gauche à Felix qui s'effondra à genoux, le visage tordu dans une grimace de douleur.

L'effroi s'empara alors de Jane. Elle qui rêvait d'assouvir sa vengeance et de revenir vers Aro avec ses trophées victorieux voyait peu à peu son rêve s'éloigner à mesure que les deux inconnus prenaient le dessus. Il fallait à tout prix qu'elle se ressaisisse et qu'elle intervienne pour stopper ce carnage. Elle tenta une énième fois de se relever mais elle parvenait à peine à se tenir assise. Aussi détestable que soit la vampiresse aux yeux dorés, il lui fallait reconnaître que son don pouvait s'avérer particulièrement précieux contre des ennemis, tant que Jane n'était pas l'ennemie.

Paniquée en constatant qu'Alec n'était plus à ses côtes, Jane chercha son frère des yeux et réalisa qu'il avait rejoint Demetri face à la vampiresse et tentait à son tour de la mettre hors d'état de nuire. Ce n'est qu'à ce moment-là que Jane comprit véritablement ce que Demetri entendait par « trop rapides ». En effet, bien qu'elle fasse désormais face à deux vampires surentraînés, la jeune fille parvenait encore à s'en sortir indemne. Le combat semblait plus équilibré mais la rapidité avec laquelle elle se mouvait laisser Jane coite. Elle n'avait jamais rien vu de pareil. Il aurait pu s'agir d'un nouveau-né dont le sang imprègne les tissus et particulièrement entraînés mais la couleur de ses yeux trahissait son âge déjà avancé. Une vitesse pareille aurait alors pu faire référence à un don mais c'était sans compter sur sa capacité à absorber l'énergie d'autrui par le toucher. Un vampire pouvait-il alors avoir plusieurs dons ? Si tel était le cas alors jamais Aro ne la laisserait s'échapper.

Sentant ses forces lui revenir peu à peu, Jane tenta à nouveau d'exercer son propre pouvoir sur la fille aux yeux jaunes mais celle-ci se déplaçait bien trop vite pour que Jane ne parvienne à se focaliser sur elle suffisamment longtemps. Aussi décida-t-elle de tenter sa chance avec l'autre vampire qui faisait toujours face à Felix. L'immense colosse était écroulé face contre terre, sa cape noire formant un halo autour de lui. Son membre droit était toujours manquant et une profonde fissure courait le long de sa mâchoire. Derrière lui, le vampire blond le surplombait l'air serein et sûr de lui, affichant un orgueil déplaisant et une satisfaction sans borne. Tout comme sa compagne, il ne semblait pas chercher à achever son adversaire mais se contentait de jouer avec lui.

Jane réalisa enfin ce que les deux vampires cherchaient en réalité à faire. Ils n'étaient pas revenus vers eux dans l'espoir de les tuer et de pouvoir les semer définitivement. Au contraire, ils semblaient n'avoir jamais eu l'intention de se débarrasser d'eux. Ils n'étaient ici que pour se divertir. Comme si démembrer Felix était un jeu pour lui, l'autre vampire posa son pied au milieu du dos du Volturi et se mit à appuyer de plus en plus fort jusqu'à ce qu'un craquement se fasse entendre, tirant Jane de sa torpeur. Elle refusait d'être considérée comme un simple jouet, pas elle, pas la grande Jane Volturi !

Elle rassembla alors le peu de forces qui lui restait et se focalisa entièrement sur le vampire aux yeux dorés, faisant abstraction de tout ce qui l'entourait. Il n'y avait plus qu'elle et lui. Le prédateur et sa proie. Sa proie qui s'effondra dans la neige avec un hurlement de douleur.

Tous s'arrêtèrent subitement de se battre pour se tourner vers l'origine des cris. Alors qu'elle s'apprêtait à abattre son poing sur Demetri, la vampiresse blonde suspendit son geste et se figea en voyant son compagnon étendu dans la neige. D'abord interdite face à cette scène inattendue, la fureur monta peu à peu en elle à mesure qu'elle recouvrait ses esprits et ses yeux perçants se posèrent sur Jane, faisant d'elle sa prochaine cible. Mais durant les quelques secondes qu'elle perdit à comprendre la scène qui se déroulait sous ses yeux, Alec profita de sa torpeur pour l'entourer de sa brume et la rendre inerte.

-Tu la contrôles totalement ? demanda Demetri à travers les cris de l'autre vampire.

-Si ça n'était pas le cas tu t'en serais déjà rendu compte alors préviens la garde qu'on maîtrise la situation plutôt que de poser des questions inutiles, rétorque Alec dont le ton de la voix trahissait l'agacement dû à cette longue traque et ce combat ardu.

Demetri sortit alors son smartphone de sous sa cape, non sans jeter un regard venimeux à Alec, pour envoyer un message à un garde lambda qu'il pouvait venir finir le travail. Une fois chose faite, il se tourna de nouveau vers le vampire toujours agonisant au sol et le regarda d'un air ennuyé.

-N'y aurait-il pas moyen qu'il la mette un peu en veilleuse ? Ses cris commencent à me percer les tympans.

-Tu préférerais peut-être qu'il te démembre toi aussi ? D'ailleurs, il faudrait aider Felix avec son bras. Il est tout bonnement hors de question que la garde inférieure le voit dans cet état. Ils ne doivent pas nous croire vulnérables, cela pourrait leur conférer le sentiment qu'ils sont nos égaux, rétorqua Jane.

-Il ne manquerait plus que ça ! Ces incapables n'arrivent à la cheville d'aucun d'entre nous, et encore moins à la mienne d'ailleurs, ajouta-t-il un ton plus bas et un sourire au coin des lèvres tout en dirigeant vers son ami démembré. Mais il n'empêche que l'autre va finir par devenir fou s'il continue à endurer ça jusqu'à Volterra et je ne suis pas sûr qu'il soit d'une grande utilité à Aro dans cet état.

-Alors qu'est-ce-que tu suggères ? Lui demander de se tenir tranquille peut-être ?

-Alec pourrait s'en occuper, répondit-il en regardant l'intéressé qui contemplait fixement la fille au sol toujours sous l'emprise de sa brume noire.

-Alec ? L'interpella sa s½ur en haussant le ton. Alec ?

-Oui ? répondit-il en relevant brusquement les yeux l'air perdu.

-Tu es sûr que ça va ?

-Je... C'est que... Disons que j'ai hâte de rentrer. Cette traque m'a épuisé et il est temps qu'on se débarrasse de ces deux-là. Et des Cullen en général.

-Je suis bien d'accord mais chaque chose en son temps. Pour l'instant il faut déjà régler leur compte à ces deux fauteurs de troubles, on verra pour ces végétariens pacifistes plus tard. On se demandait surtout si tu pouvais t'occuper de celui-là en attendant la garde, qui ferait mieux de se dépêcher d'ailleurs, pour éviter qu'il ne continue de souffrir.

-Pourquoi ? Vous êtes soudain pris d'un élan de compassion à son égard ? Ça serait bien la première fois.

-On a surtout envie qu'il se taise. Et accessoirement qu'il ne devienne pas fou, du moins pas plus qu'il ne l'est déjà.

-Je ne suis pas sûr de pouvoir tenir très longtemps s'il faut que je me charge des deux en même temps. Mes forces commencent à me manquer et ma gorge à me brûler.

-Essaye de tenir jusqu'à l'arrivée des gardes et on aura tout le loisir de boire après. Ma soif aussi commence à se faire ressentir.

Alec se focalisa alors sur l'autre vampire étendu dans la neige et ses tentacules noirs se murent alors lentement vers lui, le recouvrant tout entier tel un linceul à mesure que ses cris s'atténuaient.

-Il doit quand même bien avoir un fond de folie pour s'en être pris à nous de la sorte. Ils auraient dû se douter qu'ils n'en sortiraient pas vainqueurs.

-Il faut quand même reconnaître qu'ils sont particulièrement compétents pour de simples vampires, intervint Felix dont les fissures dans la peau disparaissaient peu à peu.

-C'est surtout toi qui t'es montré faible, Felix. Si tu n'es pas capable de te servir de ta force pour faire face à un seul vampire alors à quoi peux-tu bien nous servir, dis-le-moi ?

-Espèce de...

Il n'eut guère le temps de terminer sa phrase que ses grognements bestiaux vinrent remplacer les hurlements du vampire blond.

-Jane, arrête-ça ! lança Demetri, ils arrivent.

Aussitôt celle-ci releva les yeux, comme si rien ne s'était passé et quelques instants plus tard des capes grises émergèrent d'entre les arbres, des capuches dissimulant leur visage. Face à la menace que représentaient les deux vampires, Aro n'avait pas lésiné sur les forces d'intervention et avait même envoyé une partie des témoins recrutés pour l'affrontement contre les Cullen afin de compenser le manque d'action tant attendu.

-Il vous en aura fallu du temps, leur reprocha aussitôt Jane sans toutefois s'adresser à certains en particulier. Alors rendez-vous utiles et occupez-vous d'eux, qu'on les ramène à Volterra.

D'un pas mal assuré, certains se détachèrent des rangs et se dirigèrent vers les deux corps étendus au sol sans réellement savoir qu'en faire.

-Être immortel ne signifie pas que l'on doit vivre au ralenti ! Alors dépêchez-vous de prendre les choses en main, je ne tiens pas à passer une journée de plus dans ce territoire sauvage. Occupez-vous d'eux comme bon vous semble mais faites-en sorte qu'on atteigne l'aéroport avant le prochain siècle.

Un vampire particulièrement robuste se pencha alors pour soulever la fille dans ses bras, la brume noire recouvrant toujours sa peau livide, et un autre vampire suivit prit la même initiative avec leur seconde victime. Satisfaite, Jane s'élança alors sans préambule vers l'ouest en direction de l'aéroport où Aro avait fait affrété un second jet qui leur était exclusivement destiné alors que lui, les autres maîtres, les reines et certains membres de la garde avaient déjà le privilège d'être en vol pour Volterra.

D'ordinaire paisibles, les bois regorgeaient en cet instant même de dizaines de vampires lancés à toute allure entre les arbres et la faune environnante. Une armée reconnue comme invincible et crainte de tous mais qui pourtant possédait ses propres failles. Car l'armée était si nombreuse que certains des témoins, distraits par l'adrénaline et par leur orgueil en oublièrent un instant le véritable objectif et les deux vampires végétariens toujours inconscients et vinrent se positionner entre eux Alec. Déjà affaibli, ce dernier tenta tant bien que mal de les éviter mais ne parvint qu'à dévier une partie de la brume. Certains des témoins s'effondrèrent alors dans la neige, dépourvus de tous leurs sens. Submergé par un aussi grand nombre de vampires sous son don alors qu'il était déjà à bout de forces, Alec s'écroula lui aussi, sa brume s'évaporant peu à peu, délivrant tout vampire qui lui était soumis. Alors que chacun tentait de comprendre ce qui venait de se passer, deux vampires en particulier se redressèrent, l'esprit plus embrumé que jamais.

A quelques dizaines de mètres devant, Jane ne tarda pas à comprendre ce qui venait de se passer et fit immédiatement le lien avec les deux captifs désormais libres de leurs mouvements. Bousculant les quelques vampires encore debout qui se dressaient sur son passage, elle s'élança vers ceux à la recherche de ses deux proies. Il ne lui fallut que quelques secondes à peine pour apercevoir les cheveux blonds du vampire encore assis sur le sol et encore moins de temps pour lui administrer une nouvelle salve de son terrible don. Son cri vint alors une nouvelle fois rompre le silence de la clairière tandis qu'il subissait une fois de plus le don de Jane. Les vampires s'écartèrent alors de lui comme de la peste formant un rempart autour de son corps et dissimulant la vampiresse aux yeux dorés qui avait désormais recouvré toutes ses capacités mentales et physiques et contemplait ce corps se tordant de douleur à quelques mètres devant elle. Partagée entre son instinct qui lui criait de l'aider et sa raison qui lui soufflait de sauver sa propre vie, elle ne quittait pas la scène des yeux. Ça n'était plus qu'une question de temps avant que l'un d'entre eux ne s'aperçoive de sa présence et ne la dénonce à l'un des jumeaux capables de l'immobiliser de nouveau. Pourtant elle ne pouvait se résoudre à abandonner son compagnon, la seule personne au monde qui ait un jour signifier quelque chose pour elle. Cependant face à une telle armée et au danger qu'elle représentait, ce fut son instinct de survie et sa raison qui l'emportèrent, la poussant à s'écarter à reculons du centre d'attention collectif pour s'enfoncer peu à peu dans les ténèbres de la forêt et à disparaître au loin laissant derrière elle le seul être qui ait jamais compté pour elle.


23/10/2016

Chapitre 5
 



Aro n'avait jamais souhaité devenir vampire, pas plus qu'il ne se serait un jour imaginé à la tête de toute une espèce, et pas n'importe quelle espèce ! Les vampires étaient des êtres sublimes, parfaits, remarquables, ils dominaient la chaîne alimentaire dans son ensemble et n'avait rien ni personne à craindre. Leur supériorité était incontestable et aucune autre espèce ne pouvait les atteindre. Pourtant ils étaient contraints de vivre dans le secret, non pas par peur de l'ennemi mais pour riposter à la peur de l'ennemi. Un ennemi qui n'était autre que l'humanité toute entière, aussi bien celle qui leur permettait de se sustenter et de ne pas succomber à cette soif dévastatrice que les stigmates qui demeureraient à jamais en eux, cicatrices d'un passé à jamais révolu mais toujours présent dans les esprits. C'était ce passé d'humain qui forgeait chaque vampire, la transformation ne faisant qu'accentuer leurs traits de caractère les plus prononcés ainsi que leurs facultés. En tant qu'humain, Aro avait toujours se montrait ambitieux et manifestait un attrait particulier à ce qui pouvait le hisser dans la société. Mais ce n'est qu'une fois Volturi qu'il avait atteint son apogée. Rares étaient ceux qui pouvaient se vanter de régner sur des millions d'êtres sans craindre la rébellion, et plus rares encore étaient les souverains dont le règne perdurait depuis plus de 5000 ans. La perspective même de régner pour l'éternité était la plus attrayante pour Aro qui se considérait depuis longtemps comme le plus grand souverain de l'Histoire. Il avait su trouver sa place en ce monde et n'avait jamais failli. Il était l'égérie, le symbole même de la souveraineté vampirique. Bien qu'il régnât aux côtés de Marcus et Caius depuis toujours, personne n'était dupe. Il était le seul et unique monarque, les autres ne faisant figure que de simples conseillers avec pour seule faculté d'approuver ses décisions à lui et de l'aider à s'imposer en tout temps. Dominer Caius n'avait pas été chose facile, il lui était force de reconnaitre que son compagnon de clan faisait preuve d'une ambition et d'un orgueil bien plus démesuré que ceux d'Aro, et c'était bien ce qui l'avait séduit chez lui et avait compensé son cruel manque de pouvoir. Mais personne n'avait le droit de se hisser face à Aro et sa merveilleuse collection de talents tous plus exceptionnels les uns que les autres était là pour s'en assurer, Chelsea la première. Son emprise sur les vampires les plus éminents de la garde ne la rendait que plus précieuse aux yeux d'Aro, elle lui était aussi précieuse que la prunelle de ses yeux. Capable d'atténuer la fougue impétueuse de Caius, de renforcer la docilité des jumeaux ou encore de lui rapporter de nouveaux membres anciennement liés à d'autres clans, tels Heidi et Demetri.

Toutefois l'éternité pouvait aussi présenter quelques inconvénients et notamment la perpétuelle monotonie qui s'ensuivait. Pouvoir contempler l'évolution du monde et de ses diverses sociétés au fil des millénaires était sans doute la plus grande satisfaction d'Aro mais les civilisations n'évoluent pas un jour et l'accablement était parfois tel qu'il était contraint de s'intéresser à des faits tous plus futiles les uns que les autres, comme notamment cette amourette entre le Cullen et Bella qui ne lui avait rien attiré de plus que de nouvelles préoccupations et un échec honteux lors de l'affrontement qu'il attendait impatiemment et qui n'avait pourtant guère eut lieu. Il devait cependant reconnaître que ce malencontreux événement lui avait permis d'apprendre l'existence d'hybrides mais aussi et surtout de ces deux vampires amnésiques aux facultés hors-norme et qui, qui plus est, possédaient leurs armoiries. Il était impossible pour Aro d'oublier de telles capacités physiques et de si sombres pouvoirs et il ne serait qu'entièrement comblé qu'une fois que ces deux joyaux auraient complété sa fabuleuse collection, ce qui adviendrait inévitablement, et le plus tôt serait le mieux. Afin de mettre toutes les chances de son côté il avait pour cela envoyé les membres les plus haut-gradés de la garde à leur poursuite et il lui tardait de les voir revenir avec le butin. Mais le temps passait et Aro n'avait toujours aucune nouvelle, ni négative ni positive. Sa patience était ainsi mise à rude épreuve et seule une personne était capable de lui faire oublier tous ses maux quels qu'ils soient.

Sulpicia.

Sa chère et tendre épouse. Sa moitié. Sa tua cantante. La seule personne au monde à qui il accordait une importance plus que matérielle à ses yeux et dont il était prêt à satisfaire tous les moindres désirs. Et pourtant, malgré l'amour inconditionnel qu'il lui portait, Aro maintenait sa femme enfermée dans une tour depuis des siècles, dissimulée aux yeux du monde, en sécurité disaient les uns, captive affirmaient les autres. En réalité, Aro lui-même n'était plus convaincu depuis longtemps de l'intérêt de cette tour ni du rôle qu'il jouait auprès de Sulpicia. Après tout ce temps enfermée, pouvait-elle être considérée comme sa captive plutôt que comme son épouse ? Elle ne se plaignait jamais, ça n'était pas dans ses habitudes, en revanche Aro était pertinemment conscient que les limites de sa prison dorée n'étaient que superficielles et qu'elle parvenait occasionnellement à échapper à la surveillance des gardes et à sortir des limites de la ville. Elle ne pouvait dissimuler ses escapades à Aro et pourtant jamais celui-ci ne les lui avait faites remarquer. Elles étaient comme un accord tacite entre eux. Il lui permettait de s'évader tandis que de son côté Sulpicia était tenue de garder secrètes ses virées sans jamais dévoiler son identité. Car elle représentait une cible bien trop importante pour quiconque désirait s'en prendre à lui ou aux Volturi tout entier. Si les roumains découvraient que l'une des reines vagabondait sans protection dans la nature, ils auraient tôt fait de s'en prendre à elle. Néanmoins après tout ce temps à l'abri des regards, l'existence de Sulpicia et d'Athenodora ne relevait plus que du mythe. Des spectres dont les noms furent jadis sur toutes les lèvres, aussi craintes et respectées que les maîtres eux-mêmes mais qui n'étaient désormais plus que des noms occultes si ce n'est oublié. Athenodora, l'originelle, l'une des vampires les plus puissantes de l'histoire désormais aussi anonyme qu'un nouveau-né et Sulpicia, la reine, la femme du plus célèbre vampire de tous les temps ne vivant plus qu'au travers de son époux. Un époux qui pourtant ne pouvait vivre sans elle.

Éloignés depuis bien trop longtemps, Aro ne pouvait guère plus supporter cette absence et se languissait de la voir. Aussi quitta-t-il la sombre pièce qui lui faisait office de salle d'études là où d'autre auraient vu un musée pour se diriger vers la tour à laquelle seuls certains membres privilégiés avaient accès.

Mais contre toute attente, sa chère épouse ne se trouvait pas dans ses appartements. Connaissant sa femme mieux que quiconque, Aro se dirigea spontanément vers l'immense bibliothèque regorgeant de trésors dans lesquels Sulpicia pouvait se plonger pendant des heures entières sans jamais s'arrêter. Alors qu'Aro se captivait pour le futur, l'évolution et les imprévus, sa moitié vivait dans le passé, relatant chaque fait dans un de ses nombreux grimoires, Sulpicia semblait trouver un certain réconfort à sa vie de recluse dans les secrets que renferment l'histoire.

Captivée par les écrits qu'elle avait sous les yeux, elle ne le vit ni ne le sentit approcher jusqu'à ce qu'il passe ses bras autour de sa taille et lui dépose un chaste baiser dans le cou.

-Je commençais à croire que tu m'avais oubliée, murmura-t-elle sans se retourner.

-Un trésor comme toi ? Comment le pourrais-je ?

-Trois semaines Aro, lui asséna-t-elle en se retournant, le regard perçant, cela fait trois semaines que tu ne m'as pas rendu la moindre visite. Que suis-je censée penser ?

-Un roi se doit d'obéir à ses responsabilités.

-Des responsabilités qui le mènent à en négliger sa propre femme ?

-Me ferais-tu une scène de jalousie par hasard ?

'Je ne plaisante par Aro. Caius rend bien plus souvent visite à Athenodora et pourtant il a tout autant de responsabilités que toi ! Si tu tiens vraiment à moi alors montre-le.

En une enjambée, Aro réduisit l'espace qui s'était instauré entre eux et caressa doucement sa joue.

-J'ai fait de toi une immortelle, non pas parce que voyais en toi un potentiel digne de venir agrandir nos rangs mais bien parce que je t'aime et que je ne désire que passer l'éternité à tes côtés.

-A quoi bon être éternelle si je ne peux pas te voir autant qu'il me plaît ?

-Nous avons tout le temps pour cela ma chère.

-« Hier est derrière, demain est mystère, et aujourd'hui est un cadeau, c'est pour cela qu'on l'appelle le présent. »

-Duquel de tes grimoires tiens-tu cette citation ?

-J'ai bien peur qu'il ne s'agisse guère d'un illustre auteur mais plutôt d'une référence moins savante que j'ai découverte sur internet et qui ne te parlera sans doute pas le moins du monde.

-Alors c'est finalement à cela que tu consacres tout ton temps ? l'interrogea-t-il en désignant les parchemins jaunis et cornés étalés sur le bureau. Tu t'instruis de la culture moderne et si futile qui ne marquera guère l'Histoire, ni actuelle ni future ?

-Mais quel esprit borné ! s'exclama Sulpicia en se dirigeant vers lesdits parchemins. Cette culture dont je m'instruis et que tu dis si futile est la nôtre Aro. Je relis mes écrits d'antan afin de déceler la moindre information concernant les deux vampires rencontrés en Amérique et possédant nos armoiries.

-Et qui nous rejoindront incessamment sous peu.

-Vu l'armée entière que tu as envoyé à leurs trousses, le contraire m'étonnerait effectivement. Ta mégalomanie te portera préjudice un jour.

-Ma mégalomanie comme tu le dis si bien est ce qui nous a permis de nous élever au-dessus des autres vampires et de nous faire respecter de tous, y compris de ces deux-là. L'affront qu'ils nous ont fait en Amérique doit être réprimandé afin qu'ils ne servent pas de modèle pour d'autres. C'est pourquoi il nous faut les retrouver au plus vite. N'aurais-tu pas trouvé le moindre indice les concernant dans tes ouvrages ?

-Hélas non, tout porte à croire qu'ils n'ont jamais existé. Je n'ai trouvé aucune mention d'eux dans aucune de nos archives et pourtant ils peuvent difficilement passer inaperçus... Mais c'est plutôt à toi que je devrais poser la question, tu as lu en lui et je suis bien placée pour savoir qu'on ne peut rien te cacher.

-Je suis ravi de constater que tu as conscience de la portée de mes dons mais néanmoins il s'avère que je ne peux voir ce que lui-même ignore. Et justement, il semblerait que toute une partie de sa vie ait été effacée de sa mémoire. Ils ignorent tout d'eux, leur âge, leur créateur, leur vie humaine,... Ils ne connaissent leur nom que grâce à leurs colliers, si tant est qu'ils soient bien les leurs.

-Mais je te connais Aro, tu as toujours une idée derrière la tête. Que comptes-tu faire cette fois ?

Songeur, Aro s'éloigna de Sulpicia pour se diriger vers les livres ouverts sur la table d'étude. Distrait, il les feuilleta lentement, méditant probablement sur un énième plan machiavélique visant à agrandir sa garde et parvenir sa fin, démontrant une fois de plus au monde vampirique tout entier que rien ni personne ne pouvait lui résister. Docile et habituée à ces instants de réflexion intense de la part de son mari, Sulpicia se tînt à l'écart silencieuse et attentive jusqu'à ce qu'un brouhaha soudain ne vienne rompre le silence qui régnait entre eux.

Piqué au vif, Aro se précipita vers la porte qu'il ouvrit d'un coup si sec que le vieux bois gondolé en craqua de manière inquiétante, et se posta dans l'embrasure, interpelant directement à des vampires de rang minime.

-Mais que diable se passe-t-il ici à la fin ? N'avez-vous jamais été avertis que le silence était de mise dans cette partie-ci du palais ?

-Euh... Je... Nous... Sincèrement désolé... Mmm... Maître, bégaya le plus petit des deux, d'allure bien chétive pour un membre de la garde, aussi claire soit sa cape. Mais il faut... Enfin non... C'est que... Comment dire..

-Mais allez-vous en venir au fait ou tenez-vous à gâcher votre éternité et la mienne par le même biais ?
Nous nous chargeons simplement de répandre la nouvelle... Maître, intervint l'autre, aussi peu accoutumé quant à l'attitude à adopter face à l'un des Maîtres.

-La nouvelle ? Quelle nouvelle ? Pourriez-vous, je vous prie, vous montrez plus expressifs ou faut-il que je fasse appel à des gardes plus compétents ?

Déstabilisés par ces menaces, aucun des deux vampires ne pipa mot ni ne manifesta le moindre signe de compréhension. Exaspéré par cette lenteur si caractéristique des nouveaux membres, Aro empoigna la paume du plus petit et, les yeux perdus dans un passé que lui seul pouvait vivre à nouveau, se focalisa sur le peu de temps qu'il venait de s'écouler. Satisfait, il relâcha la main du garde tétanisé et d'un mouvement du menton leur fit signe de disparaître.

-Qu'as-tu vu l'interrogea alors sa femme ?

-Ils sont arrivés.

-Qui donc ? Je te prierai de ne pas te montrer aussi énigmatique que ces deux énergumènes.

-Les gardes que j'avais envoyé à la poursuite des deux fugitifs. Ils sont de retour et tout porte à croire qu'ils ne sont pas seuls.

Au seul ton de sa voix, quiconque connaissait un tant soit peu Aro pouvait deviner qu'il était alors au comble de l'émerveillement. Ses yeux aussi parlaient d'eux-mêmes, malgré ses millénaires d'existence et la vieillesse qu'ils laissaient parfois transparaître, ils étaient alors brillants d'excitation à l'idée de faire face à ce qui s'apparentait sans doute pour lui à un trophée ou tout du moins un butin.

Il s'approcha alors de Sulpicia, lui déposa un baiser furtif sur les lèvres et lui murmura comme s'il s'agissait d'un secret primordial :

-La fille, il me faut la fille. Elle est la clef de tous ces mystères.

A peine avait-il fini sa phrase, qu'il disparut dans un souffle, se dirigeant à toute allure vers la salle des trônes, abandonnant dans son sillage sa femme plus sceptique que jamais face à l'attitude de son mari.
Pressé à l'idée de ce face à face, Aro se rendit directement dans la grande salle où l'attendaient déjà Marcus et Caius, assis sur leurs trônes, l'un plus apathique que jamais, le second irrité par cette rencontre venue contrecarrer son emploi du temps. A peine avait-il atteint son propre siège que les portes s'ouvrirent sans prévenir, laissant entrer un cortège de vampires aux yeux particulièrement sombres, signe que le trajet depuis les États-Unis n'avait probablement pas été de tout repos. Ces derniers s'écartèrent peu à peu pour laisser passer les membres les plus éminents de la garde supérieure ainsi que leur captif qui ne donnait pourtant pas l'air de se débattre ni même de chercher à fuir.

Sans prêter attention à la foule présente dans la salle, Jane s'avança droit vers Aro et sans même que celui-ci n'ait à lui demander, elle lui tendit sa main, l'invitant ainsi à lire en elle comme dans un livre ouvert. Aucun garde n'avait de secret envers Aro mais de tous les membres, Jane était bien la moins réticente à lui faire partager ses souvenirs. L'habitude peut-être ? Ou simplement une énième manière de lui prouver son allégeance et la reconnaissance qu'elle éprouvait à son égard depuis qu'il les avait sauvés du bûcher son frère et elle des siècles plus tôt.

Sans préambule, Aro s'empara de la main qu'elle lui tendait et des siècles de souvenirs et d'émotions l'assaillirent. De la colère à la peur en passant par la cruauté, Aro ressentait tout ce que Jane avait un jour éprouvé. Bien qu'il eût tendance à privilégier les souvenirs de sa favorite, son vécut était des plus déplaisants à contempler. Trop de souvenirs désagréables emplissaient sa vie pourtant longue et si peu de bonheur auquel se raccrochait. Il était évidemment rare que les membres de la Garde, et notamment de la Garde supérieure, aient un passé joyeux mais celui de Jane et d'Alec l'était encore bien plus.

Faisant abstraction de tous ces siècles qu'ils connaissaient déjà bien, Aro se focalisa sur les récents évènements s'étant déroulés après son départ et notamment sur la capture du jeune vampire aux yeux dorés qui lui faisait face sans ciller. Sa capture semblait s'être avérée particulièrement périlleuse toutefois aucun incident n'était survenu depuis. Le vampire pourtant à l'origine si peu réceptif à la perspective de les rejoindre n'avait jamais manifesté le moindre signe de tentative d'évasion ni de rébellion, probablement peu enclin à subir de nouveau les foudres de Jane. Et bien soit, si la présence de Jane pouvait l'inciter à se tenir à carreaux, qu'il en soit ainsi. La vampiresse ne serait probablement pas ravie à l'idée de devoir surveiller ce rebelle mais ce n'était qu'une question de temps avant que les pouvoirs de Chelsea ne fassent effet et ne le contraignent à rester avec eux de son plein gré, dans une certaine mesure.

-Bien, bien, bien... murmura Aro pour lui-même en s'avança d'un pas décidé vers le jeune inconnu. Je suis ravi que nous puissions enfin nous rencontrer dans des circonstances plus cordiales.

-Je crains que nous n'ayons guère la même définition de « cordial », rétorqua-t-il aussitôt sans même qu'Aro ne l'ait invité à prendre la parole. Une telle fougue caractérisait nécessairement un orgueil démesuré ou une totale ignorance du statut d'Aro, si ce n'est des deux à la fois.

-Crois le bien, je suis tout aussi navré que toi de devoir en arriver à un tel point mais les mesures prises ne dépendent que de toi. Ton manque de coopération peut te porter préjudice tout autant que le moindre signe d'insurrection. Au contraire, si tu respectes les règles, tu seras surpris de voir à quel point tu t'acclimateras vite à notre mode de vie et tu n'auras rien à craindre.

-Quelles règles ?

-Suivre les ordres, demeurer caché aux yeux des humains, protéger le clan, faire honneur au clan,... Et surtout te nourrir de sang humain. Un Volturi digne de ce nom ne peut se rabaisser au rang de ces vampires qui se disent végétariens pour une simple question de morale alors que le régime à base d'animaux nous affaiblit considérablement et nous privent de nos facultés les plus primordiales. Sans compter le fait que le sang humain est bien plus exquis, ajouta-t-il avec un sourire en coin en songeant qu'Heidi ne tarderait probablement pas à apporter le dîner qui se promettait festif au vu du nombre de réservations de touristes.

-Tout le monde ne partage pas votre point de vue sur la question. Aussi pourquoi devrais-je me plier à votre règlement alors que je n'ai aucunement l'intention de venir agrandir vos rangs déjà bien garnis ?

-Il y aura toujours de la place pour un être aussi prédisposé que toi.

-Vous ne savez rien de moi.

-Hélas j'ai bien peur que toi-même n'en sache que très peu à ton sujet. Or nous pouvons t'aider à découvrir qui tu es mon cher...

-Lucca.

-Lucca. Charmant. Nombreux sont ceux qui désireraient nous rejoindre. Or voilà que nous t'offrons de nous-mêmes une place au sein de la Garde. Tu m'as l'air intelligent Lucca alors réfléchis bien à ceci : quelles chances as-tu de découvrir un jour un meilleur moyen de découvrir tes origines si ce n'est en te joignant à nous ?

-Vous n'en savez pas plus que moi.

-Pour le moment certes. Mais si je pouvais lire en ta compagne alors j'en apprendrais certainement bien plus.

-Les souvenirs d'Addolorata sont tout aussi lacunaires que les miens et ne vous apporteront rien de plus. Au contraire, ajouta-t-il avec un petit sourire en coin qui en indiquait long sur ce qu'il pensait d'un face à face entre Aro et la vampiresse.

-Nous jugerons cela par nous-mêmes quand elle sera ici à nos côtés.

Les yeux du vampire blond s'agrandirent sous la surprise et un rictus s'échappa de ses lèvres tandis qu'il s'efforçait de réprimer son envie de rire.

-Addolorata, vous rejoindre ? Alors là aucune chance. Jamais elle ne viendra jusqu'ici de son plein gré et jamais elle ne se montrerait aussi coopérative que moi.

-Ne te fourvoie pas, il me semble que Demetri est encore à sa poursuite, contra Aro, non sans montrer une pinte de déception. Ses talents de chasseur sont remarquables, elle ne pourra lui échapper éternellement.

-Il ne sait pas encore à qui il a affaire. Si jamais il la retrouve, c'est plutôt lui qui souhaitera n'avoir jamais croiser sa route.

-Ta présence devrait pourtant bien...

Aro s'interrompit soudainement en entendant des pas approcher dans le couloir. Une multitude pas lourds et traînants si caractéristiques des êtres humains. Le dîner approchait et avec lui, l'heure de mettre fin à cet interrogatoire.

-Je crains que notre entrevue ne touche à sa fin. J'en suis désolé mais sois sûr que nous aurons tout le loisir de rediscuter de ton cas prochainement. En attendant, Jane, j'aimerais que toi et quelques autres conduisent notre invité d'honneur dans ses appartements. Je suis néanmoins persuadé qu'il ne cherchera pas à s'attirer de nouveaux ennuis, ajouta-t-il en jetant un regard insistant audit invité. Maintenant vous pouvez tous disposer.

Alors que la salle se vidait peu à peu par les différentes portes de part et d'autre de la salle, Aro se tourna vers ses deux compagnons qui ne s'étaient guère exprimé durant la totalité de l'entrevue.

-Il continue encore à nous manquer de respect ! Un tel affront de sa part ne peut demeurer impuni éternellement Aro ! s'emporta immédiatement Caius.

-Du calme mon frère, nous avons désormais les choses bien en mains.

-Bien en mains ? Comment peux-tu dire cela alors que lui se joue de nous et que l'autre court encore dans la nature ?

-Plus pour longtemps, intervint alors Marcus sortant enfin de son état léthargique alors que l'odeur de sang humain se rapprochait de plus en plus. Le lien entre ces deux vampires s'avère particulièrement fusionnel.

-Vois-tu Caius ? Il n'y strictement aucune raison de s'inquiéter. La fille sera bientôt parmi nous et les rumeurs sur notre incapacité à gérer deux simples vampires seront vite oubliées. Mais en attendant, dit-il en se tournant vers la porte qui venait de s'ouvrir, l'heure du repas a sonné.

Sans un mot de plus, les trois Maîtres s'élancèrent vers leurs proies humaines bien trop lentes pour comprendre que leur destin venait d'être scellé.

De nombreux cris s'élevèrent alors de toutes parts, tous plus effrayés et glaçants les uns que les autres tandis que le sang coulait à profusion, dégoulinant sur le sol de marbre blanc et que les corps sans vie s'amassaient dans tous les coins de la salle à mesure que des vampires toujours aussi assoiffés se délectaient de la peur de leur victime et leur volaient leur vie afin d'entretenir leur propre éternité.


01/11/2016

Chapitre 6

 
Deux semaines. Cela faisait déjà deux semaines que Lucca avait été capturé par les Volturi et rien n'avait changé. D'un tempérament d'ordinaire plutôt calme, l'inquiétude et l'agacement commençaient peu à peu à le ronger, tout comme son manque d'activité. Prisonnier, il n'avait guère le droit de sortir de l'enceinte du château et était donc formellement interdit de chasse, si bien que son sombre regard reflétait chaque jour la soif qui l'assaillait. Cette soif qui lui amenuisait ses forces de jour en jour et qui lui brûlait la gorge à petit feu, submergeant ses sens. Pourtant à aucun moment il n'avait tenté ni de s'échapper ni de se rebeller. Parlementer s'était toujours avéré bien plus efficace que se battre.

Et Lucca était doué pour parlementer. Charismatique dans l'âme, il parvenait toujours à ses fins. Depuis son arrivée, il avait réussi à évoluer du stade de prisonnier à celui d'invité inopiné. Les limites et les restrictions de sa prison dorée devenant de plus en plus floues et formelles à mesure que les membres de la Garde et les Maîtres eux-mêmes s'acclimataient à sa présence. Bien évidemment, il n'était pas en de bons termes avec tout le monde mais jusque-là personne n'avait de nouveau chercher à lui nuire. Il lui arrivait encore fréquemment de recevoir des coups d'½il hostiles de la part de certains vampires mais un simple regard appuyé de sa part et la plupart disparaissaient rapidement désireux de ne plus croiser sa route, conscient de la menace qu'il représentait. Toutefois certains vampires haut-gradés et arrogants continuaient à le considérer avec mépris, inconscients des risques qu'ils encouraient. Parmi ces quelques insurgés, un se distinguait plus que n'importe quel autre par le dédain et l'orgueil qui émanait de lui. Davis. Le petit précieux d'Aro jouait de son statut auprès des autres vampires pour obtenir tout ce qu'il souhaitait sans que quiconque ne cherche jamais à lui refuser quoique ce soit et encore moins à lui tenir tête ou à l'affronter. Imbus de lui-même, il semblait vivre dans un monde à son image que lui seul pouvait voir, berné par ses propres illusions. Car c'était bien là le seul intérêt que pouvait potentiellement représenter Davis pour le clan italien. Plutôt chétif et méprisant, il n'était d'aucune utilité lors d'un combat mais ses illusions pouvaient duper n'importe quel vampire. Aussi réalistes que possible, Lucca en avait déjà subi les frais lors de son arrivée avant d'être conduit à ses appartements, comme si le vampire souhaitait prouver son statut de supériorité au nouveau venu et ainsi contester la puissance dont Lucca avait fait preuve et qui était à l'origine de sa nouvelle réputation. Seulement l'effet escompté n'était en rien celui attendu par l'italien. Au contraire, cette tentative d'intimidation s'apparentait plus au caprice d'un enfant gâté craignant de perdre sa place de petit préféré près de son père. L'air condescendant qui s'était alors affiché sur son visage avait mis Lucca hors de lui mais les vampires qui l'escortaient l'avaient retenu, lui rappelant le mot d'ordre qu'Aro s'était efforcé de lui faire comprendre : « Il ne faut jamais s'en prendre aux membres du clan, le réel ennemi est bien au-delà des frontières de Volterra ». Lorsque Lucca avait insisté pour savoir qui il mentionnait en parlant de l'ennemi, Aro s'était contenté de sourire en lui répondant qu'il le découvrirait bien assez tôt. Mais pour un vampire, « tôt » prenait une toute autre signification et pouvait aisément durer des années. Aussi Lucca se languissait dans ses appartements, s'interrogeant sur son propre sort.

Toutefois sa pire inquiétude ne le concernait pas lui personnellement. En réalité depuis son arrivée en Italie sa seule réelle préoccupation impliquait sa s½ur dont il n'avait jamais été séparé ni à long terme ni à court terme. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il n'avait jamais vécu l'un sans l'autre. Ils étaient inséparables et se complétaient à la perfection. Alors que Lucca était calme et charismatique, Addolorata se montrait hostile envers tout être, vivant ou mort, et était tout simplement incapable de réprimer ses pulsions. Dominée par des émotions qu'elle n'éprouvait pas, sa s½ur avait souvent des réactions exagérées qui pouvaient lui attirer de sévères ennuis et Lucca craignait que ce ne soit à nouveau le cas sans qu'il ne soit là pour modérer la situation. Il était pertinemment conscient que jamais sa s½ur ne rejoindrait de son plein gré le clan italien pour se soumettre à leurs règles et coutumes alors qu'elle n'avait jamais écouté que son propre instinct mais Lucca connaissait la réputation du traqueur des Volturi et craignait que les dires sur lesquelles elle était construite ne soient fondés.

Un coup discret frappé à la porte le tira subitement de ses pensées. Désireux de mettre fin à la monotonie qui bernait son morne quotidien, Lucca s'empressa d'aller ouvrir la porte de son appartement et quelle ne fut sa déception lorsqu'il découvrit l'identité de son interlocuteur.

Ledit Davis se tenait face à lui, l'air plus satisfait que jamais, un sourire au coin des lèvres.

-Mon père veut te voir. Maintenant.

-C'est pour ça qu'il a envoyé son fidèle commis... marmonna Lucca tout en avançant.

-Fait attention à ce que tu dis le traître !

« Le traître », depuis quelques jours Davis et quelques-uns de ses partisans s'était pris d'affection pour cette appellation et ne l'appelaient désormais qu'ainsi. Lucca ne parvenait toujours pas à déterminer si c'était en référence à son statut de Volturi refoulé ou à ses yeux dorés si caractéristiques de son régime alimentaire de végétarien. Pour des vampires tels que les Volturi, il était tout simplement inconcevable de réprimer ainsi ses pulsions sanguinaires en se nourrissant exclusivement d'animaux et jamais d'humains. En effet, les Volturi sans exception considéraient les humains comme des êtres inférieurs, éphémères et sans aucune ambition, comme si leur transformation et les siècles passés leur avaient fait oublier qu'ils avaient eux aussi été réduits à ce simple statut pendant des années. Pour Lucca, refuser de boire du sang humain s'apparentait plus à une coutume qu'à une réelle conviction. Il n'avait jamais réellement songé à modifier ses habitudes alimentaires mais ne concevait pas pour autant de prétexte l'en empêchant. A vrai dire, il en venait même à s'interroger sur le goût si réputé du sang humain dont tant de vampires vantaient l'arôme si prononcée. Certains considéraient même que boire du sang humain permettait d'accroître la force et la vitesse des vampires, domaines dans lesquels Lucca dominait sans peine n'importe lequel d'entre eux. A l'inverse, Carlisle considérait que les privations que s'imposaient les Cullen leur permettaient de renforcer les liens qui les unissaient, dominant ainsi leur caractère animal, bestial.

Alors qu'il suivait Davis dans les couloirs sombres du palais menant à la salle des trônes où l'attendait Aro, Jane apparut au détour d'un couloir. Toujours aussi taciturne, la vampiresse les dépassa sans leur prêter attention, comportement qui sembla déplaire à Davis qui arborait désormais un faux air offusqué.

-Eh bien Jane, les bonnes manières semblent te faire défaut aujourd'hui. Qu'en est-il du respect que tu dois me manifester ?

La vampiresse se retourna lentement sans rien laisser paraître, ses yeux rubis fixés sur Davis.

-La mémoire te ferait-elle défaut au même titre que de nombreuses qualités ? Dois-je te rappeler que tu n'es pas mon égal et que tu te dois de faire preuve d'une certaine considération à mon égard ?

Toujours aussi silencieuse, Jane semblait accoutumée aux crises infantiles du fils adoptif d'Aro et refusait obstinément de se laisser prendre dans son jeu. D'une certaine manière, elle rappelait à Lucca sa s½ur qui prenait rarement la peine de répondre lorsqu'on lui adressait la parole. Jane agissait alors comme elle, elle se comportait comme une bombe à retardement capable de causer d'importants dégâts si personne n'intervenait à temps. Et tel un pyromane, Davis semblait encouragé par ce silence pourtant inquiétant et était d'autant plus déterminé à découvrir les limites de Jane en poursuivant son laïus hypocrite.

-De jour en jour je suis de plus en plus stupéfait de voir à quel point tu es plus médiocre que la veille. Alors que je te croyais avoir atteint ton état le plus bas, tu parviens toujours à me surprendre et à te révéler encore plus insignifiante que je ne le pensais. Tu es vraiment stupéfiante mon trésor.

-Ne m'appelle pas « mon trésor », rétorqua enfin Jane, détachant bien chaque syllabe pour appuyer ses paroles.

-Enfin ! Je commençais à croire que tu avais aussi perdu ta langue ma chère. Tu as bien de la chance que je sois quelqu'un de tolérant sinon quoi je pourrais te tenir rigueur de cette attitude. Mon trésor, ajouta-t-il provocateur.

-Et toi tu as bien de la chance d'être le petit protégé d'Aro.

-Serais-tu jalouse de l'attachement que mon témoigne mon père ? Tu es bien placée pour savoir qu'Aro n'accorde pas ses faveurs à n'importe qui, aussi tu comprendras que si je jouis d'un statut particulier, c'est qu'il est amplement mérité. Aro a su voir en moi un vampire exceptionnel doté d'un incroyable potentiel. Ma place ici est plus justifiée que n'importe lequel d'entre vous, et de lui en particulier, acheva-t-il en se tournant vers Lucca qui assistait à la scène en spectateur et jusque-là persuadé que les deux vampires avaient oublié son existence, ce qui était d'ailleurs probablement le cas de Jane.

-La puissance te monte à la tête Davis et ton orgueil te monte à la tête. Tu es plutôt mal placé pour me faire la morale.

-Mon orgueil et ma puissance comme tu dis sont inséparables de moi au même titre que toi et ton satané pouvoir dont tu as refusé de te séparer. Je t'avais donné le choix et en parfaite incapable tu as une fois de plus pris la mauvaise décision et privilégié ce don empoisonné plutôt que moi. J'espère que tu regrettes sincèrement ce que tu as fait mon trésor...

Stupéfait par ce qu'il venait d'apprendre Lucca continuait d'assister à l'échange enflammé des deux anciens amants, son inimitié envers Davis se renforçant à mesure que ce dernier proférait des absurdités.

-Ne t'imagine pas un seul instant que je renoncerai à être moi-même pour toi. Tu ne me mérites pas et tu n'es rien de plus qu'un vulgaire jouet dont Aro aura tôt fait de se lasser lorsqu'il réalisera l'erreur qu'il a commise en te tirant de la misère dans laquelle tu t'étais enfoncée.

-De quel droit oses-tu me parler ainsi sale sorcière ?! s'emporta soudain Davis. Tu n'es qu'une vulgaire garde sans prétention dont la place ici ne repose que sur un maudit don. Tu n'es bonne à rien si ce n'est qu'à faire souffrir des incapables ! La douleur est tout ce que tu connais et tu ne mériteras jamais plus pauvre mijaurée !

Conscient que Jane ne resterait pas impassible face à de telles insultes, Davis anticipa sa réaction et les iris de la vampiresse auparavant vermeils se ternirent jusqu'à ne plus distinguer la pupille, signe qu'elle était désormais sous l'emprise des illusions du fils d'Aro. Des illusions à priori guère plaisantes d'après les expressions de son visage. D'ordinaire impassible, son visage se déforma peu à peu sous l'horreur de ce qu'elle seule voyait et sa bouche s'ouvrit dans un cri muet, les yeux agrandis d'effroi. Ses membres tout entier était secoués de spasmes et Jane recula jusqu'à heurter le mur de pierre derrière elle sans pour autant prendre conscience qu'elle n'avait nulle échappatoire. Toujours sous le joug de l'illusionniste, elle tourna alternativement la tête de gauche à droite en quête d'une éventuelle issue invisible afin de s'effondrer sur elle-même, tremblante et plus pâle encore que d'ordinaire. La respiration haletante, les yeux vides, l'air apeurée, Jane semblait avoir de nouveau perdu tout de son éternelle prestance et était réduite à l'état de proie. A l'inverse, Davis se tenait au-dessus d'elle et affichait un sourire méprisant, ses yeux reflétant le plaisir vicieux qu'il prenait à torturer la vampiresse. Et comme si la souffrance qu'il lui imposait de par ses visions n'était pas déjà amplement suffisante, Davis leva le bras comme pour s'apprêter à la frapper alors qu'elle était dans l'incapacité totale de parer son coup.

C'en était trop pour Lucca qui ne pouvait continuer d'assister à la scène sans agir. Il ne pouvait plus rester de marbre face au comportement de ce vampire qu'il méprisait tant et s'empressa d'intercepter son geste. Sans même que Davis ne le voit arriver, Lucca lui agrippa le poignet et le retourna d'un coup si sec que sa peau s'en fissura par endroits puis le plaqua contre le mur, le bras en travers de la trachée, comme pour l'empêcher de respirer.

-Tu n'es qu'un lâche, une honte pour ton clan tout entier, comment peux-tu lever la main sur elle alors qu'elle est déjà à terre, victime de ton vice ? Tu n'es qu'un incapable et tu devrais te répugner toi-même. Quelle estime peux-tu avoir de toi lorsque tu oses faire usage de tes illusions malsaines alors que tu la blâmes pour les mêmes raisons ?

-Pour qui tu te prends pour me traiter de la sorte ? Tu n'as aucun droit ! Tu ne fais même pas partie de notre clan.

-Moi non. Mais elle si, asséna-t-il en renforçant la pression sur son coup. Et ton père lui-même dit qu'il ne faut jamais s'en prendre aux membres du clan, le réel ennemi est bien au-delà des frontières de Volterra. Quelle honte éprouverait-il s'il venait à découvrir ton comportement.

-Tu n'oserais pas...

-Détrompe-toi.

-Si jamais tu dis quoi que ce soit le traître, alors ce que je lui ai fait voir aura l'air d'un rêve utopique à côté de ce qui t'attend.

-Serait-ce des menaces ?

Comme pour appuyer ses propos, Lucca augmenta encore la pression de son bras sur le coup du Volturi jusqu'à faire apparaître de petites cicatrices de part et d'autre de sa pomme d'Adam. Sa douleur se devinait à ses traits crispés bien qu'il fasse tout son possible pour la dissimuler par fierté. Mais alors que les fissures se faisaient de plus en plus profondes, Lucca relâcha soudain son emprise et s'éloigna de sa proie, lui laissant soin de reprendre son souffle. Mais à peine avait-il recouvré sa liberté que Davis s'enfuit à toute vitesse pour ne s'arrêter qu'au bout du couloir et lancer un « Tu me le paieras » haineux à Lucca.

Désormais débarrassé de ce poids, Lucca se retourna vers Jane qui gisait toujours contre le mur, tentant vainement de reprendre ses esprits et s'adressa directement à elle pour la première fois.

-Ça va aller ?

Pour toute réponse il eut droit à un de ces regards noirs dont elle seule avait le secret.

-Je peux t'aider.

-Je n'ai pas besoin d'aide, ni de la tienne, ni de celle de personne.

-Un simple merci aurait suffi.

-Je suis parfaitement capable de me débrouiller toute seule, rétorqua-t-elle en peinant toutefois à se relever puis à réajuster ses vêtements et son chignon à peine décoiffé. Tu n'as rien à faire ici, tu n'es pas censé circuler comme bon te semble.

-Aro m'a fait demander sans attendre mais vos histoires de c½ur à Davis et toi viennent de me mettre en retard.

-Ce ne sont pas des histoires de c½ur ! Oh et puis peu importe... Si Aro t'a fait demander alors tu ferais mieux d'y aller.

-Tu l'as dit toi-même, je ne suis pas supposé me promener à ma guise au sein du château, aussi, je n'ai pas réellement eu l'occasion de prendre mes repères et encore moins de situer leur salle de réunion où je ne sais quoi.

-Il s'agit de la salle des trônes. Puisque c'est comme ça je vais t'y conduire mais pas un mot sur ce qui vient de se passer, c'est compris ? A moins que tu ne souhaites de nouveau expérimenter mon pouvoir.

-Une fois suffira, répondit Lucca avec une légère grimace de dégoût au souvenir dudit pouvoir et de l'atroce douleur qu'il avait ressenti ce jour-là lorsqu'il s'était fait capturer après que Jane ait réussi à le cibler pour lui infliger sa souffrance.

Les deux vampires s'engagèrent alors dans le sombre couloir dont le silence n'était rompu que par le bruit de leurs pas résonnant sur les murs et au plafond. Alors qu'ils avançaient, toujours sans échanger la moindre parole, Lucca remarqua que Jane peinait encore à se tenir droite et que ses doigts n'avaient pas cessé de trembler. Pris d'un élan de compassion à l'égard de cette inconnue qui semblait haïr Davis tout autant que lui, le vampire s'assura qu'ils étaient bien seuls avant de s'adresser de nouveau à Jane.

-Tu sais, j'étais sérieux quand je disais que je pouvais t'aider.

-Et moi tout autant en t'affirmant que je n'ai pas besoin de toi.

-Tu refuses que j'évoque ce qui vient de se passer mais ton comportement parle de lui-même. Tu tiens à peine debout et tes yeux sont aussi ternes que les miens alors que je ne me suis pas nourri depuis plusieurs jours. N'importe qui faisant preuve d'un tant soit peu de bon sens pourrait deviner que tu viens de passer un mauvais moment.

-Depuis quand tu te soucies de ce que nous pensons ?

-Si la rumeur se répand que tu t'es faites... agressée alors je serai le principal suspect et je ne tiens pas à ternir ma réputation déjà peu envieuse.

Voyant qu'elle ne répondait pas, Lucca considéra ce silence-ci comme plutôt encourageant de la part de quelqu'un comme Jane et s'avança vers elle, la main en avant.

-Ça ne sera pas long.

Hésitante, Jane finit par lui tendre sa main. Aussitôt que Lucca s'en empara, des volutes de fumée blanche émanèrent de sa paume et de ses doigts partout où leurs peaux entraient en contact. Face à ce spectacle, Jane eut un mouvement de recul incontrôlé en se remémorant la dernière fois qu'elle avait été en contact avec une telle fumée. L'emprise du vampire se resserra en constatant sa réaction et les effets de la brume commencèrent à faire effet.

Contrairement à la brume d'Addolorata qui l'avait totalement vidée de toute son énergie, celle de Lucca semblait quant à elle la ressourcer. A peine la brume était-elle apparue que Jane sentit peu à peu ses forces lui revenir. Une impression de quiétude l'envahit toute entière, comme si tous les dangers environnants et à venir s'étaient volatilisés en même temps que la douleur et la fatigue qui la rongeaient. Stupéfaite par ce qu'elle voyait et ce qu'elle ressentait, Jane en oublia presque l'identité de son interlocuteur jusqu'à ce qu'il retire subitement sa main et recule de quelques pas.

-Tu en as eu suffisamment. Il est temps d'y aller.

-Qu'est-ce-que tu m'as fait ?

-Tu n'as pas à te préoccuper du pourquoi du comment, contente-toi de ce que tu as vu.

-Justement je ne sais pas ce que j'ai vu.

-Alors oublie.

-Serait-ce vraiment trop te demander que de me donner une quelconque information ? Tu viens de me faire subir ton pouvoir sans que je n'en connaisse les conséquences, le moins que tu puisses faire serait de m'en révéler les effets !

-Tu ne m'as rien demandé, pas plus que tu ne m'as remercié. Tout ce que tu sais faire, c'est donner des ordres et rabrouer ceux qui ne sont pas de ton rang. Je viens de te sauver de ce névrosé sans rien te demander en contrepartie et tu continues à me traiter comme un moins que rien. Ça fait bien trop longtemps que tu te dissimules derrière ce caractère détestable et il serait temps que tu comprennes que ça ne te permettra pas d'effacer tes souvenirs d'humaine aussi horribles soient-ils.

-Tu ne sais rien de ma vie d'humaine !

-Moi non mais Davis si et il utilise tes propres souvenirs contre toi. Et je suis prêt à parier qu'il ne sera pas le seul.

Furieuse, Jane lui tourna le dos sans rien n'ajouter, cherchant pour une fois à dissimuler la colère qui l'habitait à cet inconnu qui était pourtant parvenu à la percer à jour. Était-elle réellement si prévisible ou bien à l'inverse, ce vampire était-il particulièrement perspicace ? Difficile de déterminer laquelle de ces possibilités l'enchantait le moins.

Le reste du trajet s'effectua donc en silence pesant sans qu'aucun des deux vampires ne cherche plus à engager la conversation. Mais à peine Jane avait-elle poussée les portes en bois massif que des gémissements et des sanglots vinrent rompre ce silence. Spontanément, Lucca cherche la source de ce bruit et aperçut une forme recroquevillée dans le coin le moins éclairé de la salle, à l'opposé des trônes où se tenaient les Maîtres, Aro en leur centre.

-Enfin te voilà ! Je commençais à me demander si Davis t'avait bien fait parvenir ma requête. D'ailleurs où est-il ?

-Un contretemps, s'interposa Jane en jetant un regard lourd de sens à Lucca.

-Ainsi soit-il, dit Aro qui sembla se satisfaire de cette justification minime avant de s'intéresser de nouveau au vampire aux yeux dorés. Mon cher, regarde-toi, tu fais peur à voir. Avec des yeux pareils tu pourrais te faire passer pour un humain sans problème, ça n'est pas digne de toi. Quoique j'ai cru comprendre que vous les Cullen aviez pour habitude de vous fondre parmi la nourriture, que c'est dégradant...

-Je ne me suis jamais mêlé aux humains.

-Tu m'en vois ravi ! Cela dit fréquenter Carlisle a forcément influencé ton mode de vie et il est grand temps pour toi de redécouvrir ta propre nature. Tu cherches à savoir qui tu es mais il te faudrait
commencer par chercher ce que tu es. Et je suis tout disposé à t'aider pour cela, acheva-t-il en désignant la femme recroquevillée contre l'une des colonnes de marbre. Te nourrir d'animaux ne fera jamais de toi un vrai vampire, tu sembles te renier toi-même, comme si être plus faible pouvait te faire revenir la mémoire mais tu te trompes. T'affirmer comme un vampire est une étape cruciale dans cette quête que tu mènes depuis bien si longtemps.


Lucca ne savait que penser des paroles d'Aro. Tout ce qu'il disait lui semblait fondé mais pourtant il ne parvenait pas à se convaincre totalement que ce que lui disait le Volturi était vrai. Il cherchait à découvrir son identité et ses origines depuis si longtemps maintenant que tous les moyens lui semblaient bons. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de penser à ce que disait Carlisle concernant les effets du sang d'animaux sur les relations entre vampires. Sa s½ur lui semblait si loin maintenant qu'il avait peur d'en oublier le visage et boire du sang d'humain pourrait ternir ce lien qui les unissait depuis toujours.

-Nous ne sommes pas tes ennemis, eux oui. Te priver ainsi ne te mènera à rien.

Non, refuser de se nourrir ne l'aiderait pas. Aucun mystère ne serait levé, il en ignorerait toujours tout de lui et cette privation ne lui ramènerait en aucun cas Addolorata. Addolorata qui était sans doute à l'autre bout du monde à ce moment-même, toujours à la recherche de liberté et repue de sang d'animal alors que lui s'affaiblissait de jour en jour. Au fur et à mesure qu'il pesait le pour et le contre de ce dilemme, Lucca se rapprochait lentement de l'humaine sans pour autant s'en rendre compte. A mesure que l'écart entre eux deux diminuait, le sourire d'Aro illuminait son visage de marbre. Tous les vampires présents le suivaient du regard, guettant la moindre réaction de sa part indiquant qu'il était prêt à achever sa victime et à devenir un vrai vampire. Le temps dans la salle semblait comme figé, n'évoluant qu'au rythme lent des pas de Lucca. La salle entière était plongée dans le silence, les gémissements de la femme s'étant taris en comprenant que sa fin était proche, comme si malgré les sillons creusés par les larmes sur son visage, ses cheveux décoiffés, ses yeux bouffis et le sang maculant des vêtements, elle cherchait à mourir digne. Face à un spectacle si affligeant, une lueur de compassion illumina le regard vide de Lucca. Une simple lueur qui ne dura qu'un court instant avant de disparaître au profit d'un regard terrifiant, presque bestial lorsque le vampire se jeta au cou de sa victime, ses yeux sombres se tintant peu à peu à mesure que le sang de l'humaine imprégnait ses tissus et que sa soif disparaissait.

Mais alors que Lucca découvrait le plaisir procurait par le goût du sang humain contre ses papilles et que le doux liquide carmin l'emplissait tout entier, une image s'imposa à son esprit, celle de sa s½ur et de ses yeux dorés, des yeux qui en disaient long sur ce qu'elle aurait pensé de lui en cet instant-même.