Chapitre 2
 




Un long silence régnait sur la plaine, un silence qui semblait s'éterniser de minute en minute sans que ni Alice ni Aro ne laisse paraître un quelconque indice concernant la vision que celle-ci avait eu. Son air renfrogné et décidé pourtant si peu adapté à son visage de lutin fixaient Aro qui lui au contraire paraissait, comme à son habitude, captivé par ce que lui seul pouvait voir. Transporté dans un univers futur, la perspective d'apercevoir l'avenir ne semblait guère le déranger, bien au contraire, cette aptitude qu'il espérait tant pouvoir acquérir lui permettait de renforcer son statut de Maître suprême des Volturi, soit des vampires en général et donc de l'espèce la plus évoluée sur Terre, celle capable de dominer et d'assouvir tout autre animal, celle que tout le monde craint. Aro ne rêvait que de s'élever au-dessus des Dieux eux-mêmes quels qu'ils soient, or le don d'Alice à lui seul lui permettait d'assouvir ce besoin primaire chez lui.

Pourtant son air ébahi se transforma peu à peu pour laisser la place à une perplexité accablante et incompréhensible pour quiconque assistait à cet échange muet. Ses yeux s'agrandirent peu à peu, ses épaules s'affaissèrent et son visage se décomposa alors dans un masque d'effroi qui lui était inédit. Mais alors que les membres de son clan s'interrogeaient sur la vision décisive d'Alice, cette dernière les devança en s'adressant directement à Aro :

-Peu t'importe mes preuves ! Tu ne reviendras pas sur ta décision !

Et avant que quiconque n'ait eu le temps d'interpréter ces paroles, Alice se tourna vers Bella pour lui souffler un « maintenant » dont seules elles deux comprenaient le sens puis se pencha en avant et sans que personne ne puisse intervenir, lui asséna un violent coup de talon dans la mâchoire. Le Maître tant respecté des Volturi s'éleva alors dans les airs et retomba sur ses deux jambes quelques dizaines de mètres plus loin. Quelle que soit la raison qui avait poussé Alice à agir ainsi, son acte venait de sceller le destin de chaque être présent dans cette clairière en ce jour.

Alors que des membres de la garde inférieure s'emparèrent d'Alice, Carlisle hurla aux Volturi de relâcher sa fille adoptive et se précipita vers le camp adverse. La rage qui montait en lui semblait avoir décuplé sa force et l'avoir transformé en une machine de guerre que les quelques membres de la garde inférieure des Volturi suffisamment téméraires ou inconscients tentèrent de stopper à leurs risques et périls. Mais Carlisle n'avait d'yeux que pour Aro. Son ancien ami. Son ancien compagnon de clan. Son alter ego intellectuel. Son ennemi de toujours. Les deux s'élancèrent alors l'un vers l'autre et s'entrechoquèrent à quelques de mètres au-dessus du sol dans un fracas assourdissant puis retombèrent sur le sol enneigé, l'un avec toute la grâce que lui avait conféré ses millénaires d'existence, l'autre avec toute la dignité dont peut encore fait preuve un corps décapité.

Carlisle n'était plus. Son corps désormais incandescent reposait au loin derrière Aro qui, un sourire machiavélique au bord des lèvres, tenait d'une main ferme la tête arrachée de Carlisle Cullen.

C'était la fin.

D'un même mouvement, les Cullen et leurs alliés s'élancèrent à toute allure vers le camp adverse dirigé par Aro dont les bras s'élevèrent subitement, autorisant ainsi ses troupes à assouvir les pulsions meurtrières qui les rongeaient tous à la vue des vampires végétariens, des traîtres à leur espèce.
Les deux camps s'entrechoquèrent violemment quasiment instantanément. Les coups pleuvaient de partout, les corps volaient, les têtes s'arrachaient. Chacun semblait avoir oublié la cause pour laquelle il était présent, ne cherchant plus qu'à se battre pour sa propre survie. Il n'y avait plus d'alliés, seuls les ennemis semblaient importer à Aro qui contemplait ce spectacle fasciné par le massacre qui avait lieu sous ses yeux. Que c'était glorifiant de constater qu'à lui seul il était capable de déclencher un tel affrontement entre ces dizaines de vampires qui n'avaient pourtant aucune raison de se haïr ni aucun motif pour chercher à se détruire les uns les autres. Lui seul était la cause de ce massacre et pourtant c'était ses disciples qui se battaient pour lui. Les Cullen se battaient pour venger Carlisle et leurs alliés pour leur liberté, un idéal pourtant inaccessible. Mais chacun des membres de son armée ne risquait sa vie qu'afin de progresser dans la hiérarchie de la garde, de conserver son rang ou encore tout simplement par peur de s'opposer aux Volturi car par défaut, celui qui ne se bat pas avec lui se bat contre lui. Il faudrait être fou pour s'y risquer, fou ou désespéré.

Toujours aussi captivé par le spectacle qui se tenait sous ses yeux, Aro chercha des yeux les membres les plus fidèles et les plus hauts placés de sa garde, comme Demetri qui se battait vaillamment face à Jasper. Toutefois, au grand désarroi d'Aro, aucun des deux ne semblait avoir le dessus, tout du moins jusqu'à ce que le Cullen se cambre soudainement en arrière, le corps crispé et la bouche ouverte dans un cri muet. Quelques mètres derrière lui se tenait Jane, le joyau de sa collection, qui fixait sa cible sans ciller tout en exerçant son pouvoir destructeur. Il n'en fallu pas plus à Demetri pour trancher le cou de son adversaire avec l'aide de Felix. Un cri strident retentit alors du côté des quelques Volturi en retrait. Alice, qui venait tout juste d'assister à la mort de son conjoint, se débattait désormais pour échapper à l'emprise de ses gardes. Appartenant à la garde inférieure, ceux-ci ne résistèrent pas longtemps avant qu'elle leur arrache les bras pour se précipiter elle aussi dans la mêlée sans qu'Aro n'ordonne à qui que ce soit de la retenir. En effet, celui-ci était de nouveau captivé par la bataille, et notamment par le combat entre Alec et le Cullen le plus imposant. Sans qu'Aro ne parvienne à deviner pourquoi, Alec semblait avoir totalement fait abstraction de son don pour privilégier le corps à corps contre un vampire pourtant plus fort que lui. Aussi, il ne fallut que peu de temps au Cullen pour dominer Alec qui se retrouvait alors entièrement sans défense, le corps à demi-enfoncé dans la neige, les muscles de son cou tendu à l'extrême afin de résister à la tension qu'exerçait son adversaire pour lui détacher la tête du reste du corps, corps qui fut projeté quelques secondes plus tard une dizaine de mètres plus loin. La fascination d'Aro laissa place à un effroi presque palpable qui se retrouvait sur le visage de chacun des Volturi ayant assisté à la scène, l'une des figures les plus emblématiques de la garde et des Volturi dans leur intégralité venait de s'effondrer. Il devait être venger.

Demetri se précipita alors vers Edward et un combat presque bestial s'entama entre les deux vampires. Alors que l'entraînement du traqueur était supérieur à celui du télépathe, ce dernier ne se privait pas d'utiliser son pouvoir sur son adversaire, contrairement à Alec, et devinait ses gestes et tactiques avant même qu'il n'ait pu esquissé le moindre mouvement.

Un grondement terrifiant et lointain s'éleva alors des fins fonds des sous-sols terrestres et le sol sous leurs pieds se mit à trembler sur toute l'étendue de la clairière lorsqu'une crevasse commença à se former au milieu de la bataille partant tout d'abord du poing d'un vampire à l'allure égyptienne. Celle-ci s'étendit alors subitement jusqu'à la lisière de sa forêt, entrainant avec elle une multitude de corps vampires et lupins.

Instantanément chacun compris que cette crevasse représentait une chance ultime de se débarrasser de son adversaire. Ce fut notamment ce que fit Demetri lorsqu'il parvint à faire perdre l'équilibre à Edward qui chuta alors le long de la roche. Mais sans que personne ne comprenne comment, ce dernier parvint à en émerger et se projeta sur Demetri qui lui tournait désormais le dos et qui, par conséquent, ne le vit pas à arriver, ni lui ni la mort qui l'accompagnait, et se retrouva lui aussi décapité sans préambule.

Mais alors que celui qui était probablement le meilleur combattant de la garde supérieure venait de mourir, c'était désormais l'égérie même de la garde qui courait pour sa vie, poursuivie par une Alice vengeresse et mentalement protégée par Bella. Sans aucune riposte possible, Jane courrait sans but si ce n'est que d'échapper à sa poursuivante. Aussi ne vit-elle pas arrivée l'autre vampiresse aux yeux dorés qui se précipitait vers elle à une telle vitesse que pendant un instant Aro ne songea plus au danger que cette dernière incarnait pour sa protégée mais aux atouts qu'elle pourrait lui apporter. Sa vélocité était telle qu'elle parvenait à se faufiler entre chaque combat et à semer chaque assaillant, Jane n'aurait eu aucune chance de lui échapper même si elle l'avait vue. Désireuse de venger elle-même son défunt compagnon, Alice redoubla de vitesse mais ne parvint à temps au niveau de Jane qui se débattait déjà vainement face à l'emprise de la vampiresse véloce. Des tentacules d'un blanc laiteux dansaient autour de ses doigts, là où sa peau entrait en contact avec la gorge de la Volturi dont les yeux se ternissaient à mesure que son énergie semblait la quitter. Un spectacle tout aussi étrange qu'inattendu, celle que tout le monde craignait et dont le simple nom pouvait faire frémir de peur certains vampires n'était désormais réduite qu'à l'état de loque, une simple poupée de chiffon dont son assaillante se débarrassa aussi promptement qu'elle l'avait attrapée en la jetant aux pattes d'un immense loup qui déchiqueta le corps inerte de Jane Volturi.

Aro ne savait plus où donner de la tête. Le spectacle qu'il avait sous les yeux ne le fascinait plus le moins du monde mais s'avérait au contraire des plus effrayants. Partout des corps revêtus de capes noirs chutaient pour ne plus jamais se relever. Une multitude de cadavres jonchaient la plaine enneigée et des braseros s'allumaient de toute part pour définitivement condamner ces vampires à une mort encore plus éternelle que la vie dont ils rêvaient. Seuls quelques Volturi de la garde supérieure étaient encore en vie. A la lisière de la forêt, Aro pouvait apercevoir la petite Renata achever un loup d'au moins trois fois sa taille, quelques mètres plus loin, c'était Chelsea qui luttait contre une Amazone prêt du corps sans vie de son ancien amant que l'invisibilité n'avait pu sauver, et enfin, à quelques mètres de lui se battaient Felix et un énième vampire aux yeux dorés. Bien que physiquement ce dernier semblait à peine sortir de la puberté, il présentait une force bien supérieure à celle du colossal Volturi pourtant réputé comme un vaillant combattant capable de briser les vampires les plus costauds. Sa force était d'autant plus stupéfiante qu'il ne pouvait s'agir d'un nouveau-né surentraîné de par la couleur de ses yeux et pourtant il se tenait là face à Felix qui lui s'avérait incapable de parer le moindre coup de son adversaire qui semblait presque prendre plaisir à le dominer. Il tellement captivé qu'il ne prêta pas attention à l'ombre qui se rapprochait derrière lui et lui asséna un violent coup à l'arrière du crâne. Davis tenta de réitérer son coup mais cette fois l'autre vampire le vit venir et esquiva son poing avant de lui agripper le poignet et de lui arracher le bras d'un simple geste. Derrière lui, Aro entendit alors Sulpicia gémir comme pour réprimer un sanglot. Sa femme se serait d'ailleurs sans doute effondrer si Athenodora ne l'avait pas retenu lorsque le vampire aux yeux dorés profita de la douleur et de la stupéfaction de Davis pour l'immobiliser au sol et lui arracher la tête.

C'en était trop pour Aro. Voir son armée décimée était une chose mais voir son fils mourir tué sous ses yeux en était une autre. Il se jeta alors à corps perdu dans le combat et s'élança vers Bella et Edward, le visage dissimulé derrière un masque de rage et de rancune. Son armée, son clan et sa famille venait d'être anéantis après qu'ils aient engendré un hybride à moitié humain, une vulgaire erreur de la nature qui n'aurait jamais dû voir le jour et qui ne méritait pas de vivre au prix de tant de vies. Comment une enfant dont le sang impur coulait dans les veines pouvait être à l'origine de la mort de vampires aussi ancestraux qu'Afton ou Demetri ou aussi puissants que Jane ou Alec ? Comment pouvait-elle mériter de vivre alors que ses parents, ses traîtres à leur espèce, se renier eux-mêmes en refusant leur nature et la moindre goutte de sang humain ? Les Cullen méritaient de mourir, tous autant qu'ils étaient.

C'était donc plus que pour sa propre vie que se battait Aro, mais aussi pour son orgueil, sa fierté, sa vengeance et son irrépressible besoin de tout contrôler, cette mégalomanie qui le tua, lui et tant d'autres ce jour-là. Car à mesure que la torche se rapprochait de sa tête détachée de son reste du corps, une ultime pensée lui traversa l'esprit. « Quel gâchis... » se dit-il face à un tel massacre et face aux corps sans vie de tant de vampires dotés de pouvoir aussi puissants qui le sien si ce n'est plus. Un dernier regard, une énième pensée, un ultime regret puis les flammes et les ténèbres l'engloutirent, lui le vampire le plus redouté de tous les temps.




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